‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 188 sur 248 · Cours de littérature dramatique, I, p · texte numérisé non relu

Cours de littérature dramatique, I, p

El ainsi il n'y a que le wn1' siècle comme modèle suprême. 11 est incontestable que Geoffroy a mis beaucoup de bon sens et d'exactitude dans ses critiques; que ses contemporains avaient besoin de refaire une rhétorique reprisé de très haut; mais ce xvne siècle qu'il prêchait, il est fâcheux qu'il en ait eu si médiocremenl l'intelligence, qu'il n'en ail vu que les côtés solides cl pratiques ' el non la poésie cl la forte originalité. C'est toul autre chose qu'il aurait fallu pour relever le théâtre de sa médiocrité. Pourtant, à force d'abîmer les tragédies bâcléesdu xvin' siècle, ou celles des dramaturges de son temps, qui étaient plus ou moins de l'école de Voltaire, il a peut-être entretenu la notion de la sévérité et de la grandeur de l'art à une époque qui en avait perdu le sentiment et ainsi, malgré tout ce qu'il y avait de rétrograde et de stérilisant dans sa critique, il a peut-être été utile à quelque chose.

Peut-on en dire autant des Dussault, des Féletz et des Hofïman? Ce qu'il y a de sur, c'est qu'ils professaient le même culte des anciens et de la littérature du grand siècle, avec plus ou moins de goût et d'érudition, avec un libéralisme plus ou moins éclairé, cela ne change pas grand'chose à l'affaire.

De leur côté, les idéologues, comme Chénier et Népomucène Lemercier, peuvent être plus intelligents ou plus curieux, ils n'en appartiennent pas moins au passé. Successeurs de La Harpe à l'Athénée de Paris, ils continuent; comme lui, à promulguer les dogmes classiques. On se rappelle de quelle façon Chénier avait parlé de Chateaubriand dans son Rapport. Il concluait ainsi : «Un jour sans doute, on pourra juger

t. Cf. spécialement un passage où il se montre si sévère pour les modernes, I, p. 43.

dcscs compositions et de son style d'après les principes de celle poétique nouvelle qui ne saurait manquer d'être adoptée en France du moment qu'on sera convenu d'oublier complètement la langue el les ouvrages classiques ' ». C'esl encore lui qui avait blâmé les innovations prosodiques de Delille : « lise permet jusqu'aux emjambements, que Malherbe avait bannis du vers français,... il prodigue aussi les coupes singulières et les effets d'harmonie imitative 2 ».

Népomucène Lemercier, malgré ses jugements favorables sur Shakespeare, son enthousiasme pour Dante3, — est peut-être encore plus classique et plus intransigeant que Ions les autres, parce qu'il prétend fonder sur la raison îles axiomes esthétiques et qu'il essaie de rattacher la critique littéraire à la science : comme les idéologues qui appliquaient l'analyse aux opérations de l'entendement, il prétend l'appliquer aux productions littéraires et arriver à formuler des lois aussi positives que celles de la physique ou de la physiologie. De là le titre qu'il donne à ses leçons de l'Athénée : cours analytique de littérature.

Il commence par poser la supériorité de l'art grec sur tous les autres : « Ces chefs-d'œuvre de la Grèce en éloquence et en poésie ne sont-ils pas reconnus de toutes les nations comme les types invariables de la perfection de l'artl Qu'importe donc aux préceptes les suffrages capricieux que l'ignorance accorde à de mauvais genres en tel temps ou en tel lieu? Revenons aux vrais modèles, et de leur examen découleront les lois du goût qui ne semblent arbitraires qu'aux esprits qui

1. Cf. Tableau historique de l'état >■/ des progrès de !" littérature française depuis 1789. 3' éd., Paris, Maradan, IMS p. 212. Cel ouvrage n'esl que le Rapport refondu.

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