‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 189 sur 248 · Voir son EpitreàDante en tête de la Panhypocrisiade · texte numérisé non relu

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les méconnaissent ' ». En conséquence Lemercier, s'appuyanl sur la littérature des Grecs, va formuler « les trois qualités nécessaires à l'écrivain », puis les lois de chaque genre, ri il prouvera que les maîtres eux-mêmes n'ont failli que pour y avoir manqué. Le genre tragique in- comporte pas moins de vingt-six «i règles ou conditions », parmi lesquelles la règle <l<'s trois unités. Celle-ci esl affirmée avec autant de rigueur que chez La Harpe : « Rien ne démontre mieux, dit Lemercier, à fju^lle perfection supérieure les trois unités conduisent, que l'examen de l'Œdipe grec et à'Athalie, modèles aussi purs dans le genre tragique que le sont le Laocoon et l'Apollon du Vatican dans la sculpture, et eonséquemment les types véritables du beau idéal en poésie dramatique - ». Rien n'est pénible el faux comme celte scolastique idéologique, et c'est d'autant plus regrettable que Lemercier a parfois ce qui manque à ses émules dans la critique, — l'intelligence poétique des œuvres, et au^si l'instinct de ce que deviendra plus tard la méthode historique appliquée aux littératures. Mais par malheur son point de vue est tout dogmatique, plus dogmatique même que le classicisme ii" l'avait jamais été.

Ainsi donc dans la littérature comme dans les mœurs et partout, c'est le même besoin de revenir aux anciens comme à la règle suprême. Les circonstances politiques y poussent. Pour les imaginations» le rêve de Napoléon est une réalité : l'empire romain va se reconstituer au profit des Gaulois. Tous les vœux appellent des Virgile pour célébrer le nouveau César3.

1. Cours analytique de littérature générale. Paris, Nepveu, 1817, p. is.

■2. Op. cit.. p. 2i!:;.

3. Voir en particulier Fontanes, Ode sur les embellissements de Paris, passim.

LA LITTÉRATURE DU DIRECTOIRE ET DE L EMcTRE. 329

— Malheureusement si ledécor impérial esl bien fragile, l'art n'est plus qu'un simulacre. Les affirmations hau laines de la critique, si1- prétentions à n'admettre plus que les forme- sévères du xvne siècle ressemblent à ces déclarations superbes des monarchies prêtes à sombrer. D'une part une sorte de mascarade antique des institutions et des mœurs, de la littérature et île l'art, et au service de cette illusion, la décrépitude sénile ou la médiocrité prétentieuse. De l'autre, des aspirations confuses, contradictoires même, — tout ce qui sera demain le romantisme et qui n'attend que l'occasion pour éclater et des talents assez robustes et assez jeunes pour se taire valoir.

Il y a pourtant une excuse à cette médiocrité; mais il ne faudrait pas en exagérer la valeur : c'est que jamais écrivains n'ont travaillé sous un maître plus dur et [ilus susceptible. L'Empereur prétend l'aire creux des instruments de règne. Il a ses idées en littérature. Écoutez-le dans une conversation avecFontanes : « Vous aimez Voltaire, vous avez tort: c'est un brouillon, un boute-feu, un esprit moqueur et faux... — Vous vous retranchez sur ses tragédies... Il n'en a l'ail qu'une bonne, Œdip ... Défendrez-voussonO eel -<>:i Brutusl Est-ce ainsi qu'on doil peindre les changements de dynastie et de gouvernement? C'étaient pourtant deux beaux sujel>. — Je veux les rel'a ire, . . . cet été j'aurai du loisir: je ferai la prose el vous les vers '. » Ailleurs il

1. Cité par Sainte-Beuve, Notia historique sur M. de Fonlanes, en tête de l'édition de ses œuvres. Paris, Hachette,

faul l'entendre juger Tacite avec Wieland1. Une autre fois, il apprend qu'on commente à l'Ecole normal»' VÊlogede Marc-Aurèle de Thomas et le Dialogue de Sylla et (FEucrate de Montesquieu, et il ne cache pas

sou mécontentement. Là-dessus, il développe ses idées sur l'enseignement, il indique Corneille et Bossuet comme les grands maîtres de la jeunesse 2. Une autre lois encore il esquisse toute une méthode de l'histoire de France, telle qu'il l'entend :;. S'il eut duré davantage c'était la littérature tout entière disciplinée comme un régiment.

Mais si étouffante qu'ait été la tyrannie impériale, elle eût échoué contre des talents vraiment forts et originaux. Et c'était là justement ce qui manquait le plus. La plupart des écrivains de cette époque sont des survivants de l'ancien régime, — les Delille, les Lebrun, les Chénier, les Fontanes; c'est l'école des vieillards tout entière aux regrets du passé. Ils ont beau écrire le contraire, au fond ils sont convaincus que tout a été dit. Ils sont tous, plus ou moins, comme ce Royer-Collard disant à Alfred de Vigny : « Je ne lis plus, monsieur, je relis ». C'est le misonéisme, dans toute son intransigeance, malgré l'ironie ou les politesses dont il s'enveloppe. En Fontanes, homme de cour et poète, nous apparaît le type du lettré de ce temps, à l'imagination vaguement catholique, comme Chateaubriand, mais épicurien dans le fond et classique de la vieille roche, comme les plus purs descendants littéraires du xvme siècle. 11 faut se le représenter dans son petit cabinet de Courbevoie : « Tout y était

1. Cf. Mémoires de Talleyrand, Calmann Lévy, Paris, 1891, t. I, p. 442.

■2. Cf. Yillcmain. Souvenirs contemporains d'histoire et de littérature (Une visite à l'École Normale en 1812), 1. 1, p. loi et suiv.

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