Ghénier lui-même, ce païen, à célébré la .Mélancolie
Douce mélancolie, aimable mensongère...
Élégie II, 76 ri suiv.
2. Lord Ruthwen esl de 1820, mais, comme nous l'avons déjà dit, il doit être considéré comme une des dernières productions d'un genre qui a eu toute sa vogue sous le Directoire; quant a Smarra (1821), il porte fortement la marque du style impérial. Nodier nous dit lui-même dans sa préface : « Sauf quelques phrases de transition, tout appartient à Homère, à Théocrite, à Virgile, à Catulle, à Stace, à Lucrèce, à Dante, à Shakespeare... Le défaut criant de Smarra (cauchemar) était donc de paraître ce qu'il est réellement, une étude, un centon, un pastiche (/es classiques. »
:.!. L'Atlantiade est de 1812, la Panhypocrisiade de 1819. 11 faut dire la même chose de celte dernière scène que des deux romans de Nodier.
cette étrange épopée de Grainville, Le dernier homme, donl Nodier nous a gardé le souvenir '.
Ce qu'il y a de plus bizarre, c'est que ces élucubrations à tendances ultra-romantiques sonl contemporaines des oeuvres les plus étroitement classiques : Le peintre de Salzbourg de Nodier paraît la même année que Socrate au temple d'Aglaure de Raynouard (1803); la Conversation de l'abbé Delille put rencontrer dans la boutique du libraire les Chevaliers de la Table-Ronde de Creuzé de Lesser (1812) : c'est l'anarchie à son comble: le goût ne sait où se prendre, il est hésitant et dévoyé, on s'imagine renouveler l'art en le gorgeant des matières les plus hétéroclites et les plus étran gères à la tradition classique. Ouest à la l'ois « troubadour » et « pompier » et le plus parfait symbole de l'art impérial, c'est cette Corinne de Mme de Staël qui se montre sur un char antique, en costume de Sibylle, avec un châle de l'Inde roulé en turban autour de la tête.
Cette impression de bariolage el dégoût faux et criard tient bien moins à la diversité des matières qu'à la contradiction qu'il y avait entre la vieille forme classique toujours eii vigueur el des sujets qui y répugnaient naturellement. On chantait Amadis et Roland dans ]c style de la Pucelle. Chateaubriand panachait son poème chrétien de comparaisons homériques. On était déjà romantique dans l'âme et l'on pensait el l'on s'exprimait comme Voltaire : La rénovation de l'art ne sera donc pas autre chos*' que l'avènement d'une forme et d'une discipline nouvelles : autrement on pourrait dire dès maintenant que le romantisme existe déjà tout entier.