‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 210 sur 248 · V. Hugo, Littérature et philosophie mêlées, t. I, p · texte numérisé non relu

V. Hugo, Littérature et philosophie mêlées, t. I, p

2. Noter que M1"1' de Staël ignore à peu près le romantisme allemand. Il en sera de mêmede l'école de Hugo qui en restera toujours a Goethe el à Schiller.

Cours de littérature dramatique de Schlegel1. — D'autre part, quand on rapproche les premiers essais des romantiques de la littérature classique antérieure ou contemporaine on es! frappé «I<vs ressemblances. Les Odes île Hugo ne diffèrent en rien, comme conception et comme développement, de celles de Lebrun ou des lyriques du xvine sièrle2. A la rigueur, si l'on veut distinguer, voici à quoi se réduisent les différences : d'abord les romantiques sont royalistes, tandis que les classiques sont libéraux : « La littérature actuelle, disait l'auteur des Odes,... est l'expression anticipée de la société religieuseet monarchique, qui sortira sans doute du milieu de tant de débris, de tant de ruines récentes3 ». — De là une tendance à glorifier de préférence les béros de l'ancienne monarchie, à choisir des sujets dans l'histoire de la légende du moyen âge. Mais c'était encore le pseudo-moyen âge du temps de l'Empire, le moyen âge troubadour de Millevoye et de Marchangy *. Il n'y avait en plus que les convictions royalistes et religieuses. Sans doute on aspirait à tout autre chose,

1. Saint-Chamans disait : •• Les ouvrages réguliers, où l'on suit les lois établies, voilà le genre classique; les ouvrages irréguliers, où l'on ne reconnaît aucune loi, voilà le genre romantique. » — Et c'était la littérature allemande, dont il Faisail le type de la littérature romantique. — Voir chapitre Ier, V Anti-romantique, Paris, Lenormand, 1S16.

2. Comparer par exemple les odes politiques de Hugo à celles île Fontanes : Ode sur la mort du duc d'Enghien, — Ode sur l'enlèvement du pape.

:;. Hugo appartenait d'ailleurs à la Société royale des bonnes lettres, recrutée dans le parti ullra et qui n'était au fond qu'une société de propagande monarchiste. Cf. Biré, F. Hui/u avant 1830, p. 239.

4. Saint-Chamans parlant de la nouvelle école (?) disait : « Quant à leur précepte d'employer la chevalerie, les héros du moyen âge, l'histoire nationale, comme plus intéressants que ceux de l'antiquité, nous sommes d'accord là-dessus ». (Op. cit., p. 109.) On voit donc que classiques et romantiques -'entendent pour célébrer le moyen âge.

les idées et les sentiments qui travaillaient depuis si longtemps les esprits voulaient éclore; mais rien de tout cela n'était encore venu. De sorte que Ton coin prend l'embarras «les romantiques pour se définir euxmêmes. En réalité, ils tenaient à l'ancienne école littéraire par des liens de toute espèce : éducation, admirations de jeunesse, relations même. C'est seulement la Préface de Cromwell et Hernani qui consommeront la rupture : jusqu'à cette date approximative de 1830, ils sont encore plus ou moins sous l'influence de la tradition classique.

Notons d'abord que leur entrée au collège coïncide avec le relèvement des études latines dans l'Université impériale : les Vigny, les Hugo, les Sainte-Beuve, les Musse! sont tous élèves de l'Université. Lamartine, au collège de Belley, retrouve la vieille discipline classique des Jésuites et se fait remarquer comme un excellent élève '. Vigny, outre le latin, dut apprendre du grec au lycée, puisqu'il s'amusait à traduire Homère en anglais, comparant ensuite sa traduction à celle de Pope2 : il aime d'ailleurs mettre des épigraphes grecques en tête de ses premières pièces et — ce qui n'était pas ordinaire — des épigraphes d'Eschyle3. Quant à Hugo, il savait assez bien le latin pour s'éprendre de Virgile et de Tacite, deux admirations qu'il conservera toute sa vie '*. Il emporte de la pension Cordier des traductions de Virgile, d'Horace, de Lucain, d'Ausonc el de Mar-

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