‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 225 sur 248 · Les ïambes et les Élégies · texte numérisé non relu

Les ïambes et les Élégies

où prendre chez lui des vers ayant l'envergure de ceux-ci :

1! viendra quand viendront les dernières ténèbres; Quand la source des jours tarira ses torrents, Qu'on verra les soleils, au fond des nuits funèbres,

Pâlir comme des yeux mourants...

Il viendra, quand l'orgueil et le crime et la haine De l'antique alliance auront enfreint le vœu; Quand les peuples verront, craignant leur lin prochaine, Du monde décrépit se détacher la chaîne, Les astres se heurter dans leur chemin de feu Et dans le ciel — ainsi qu'en des salles oisives Un hôte se promène attendant ses convives — Passer et repasser l'ombre immense de Dieu '■

C'est précisément pour cela, parce que cette grande inspiration lyrique appelait une tout autre forme que l'alexandrin laborieux de Chénier, avec ses coupes hasardeuses et voulue*, que Hugo s'est déclaré tout de suite contre ces prétendues innovations. Par un secret sentiment de grand harmoniste, il a compris qu'il n'avait rien à tirer du vers ainsi désarticulé et rendu de plus en plus voisin delà prose. Il voulait précisément le contraire; à rencontre de Malherbe et des classiques et à l'exemple de Ronsard, il voulait créer une langue vraiment poétique. Pour cela il fallait renforcer le rythme (que brisaient les coupes capricieuses de Chénier) et donner pour base à la mélodie un peu grêle de l'alexandrin classique l'orchestration puissante qui lui manquait. Exagérer le rythme par la sonorité des syllabes, introduire des harmonies inconnues, en associant des sons jusque-là réputés incompatibles, tel est bien le programme qu'il a suivi inconsciemment depuis ses débuts: des vers comme ceux-ci :

La sandale de Gharlemagne, L'éperon de Napoléon ~...

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