Cf. Biré, op. cit., p
insinué qu'il avait changé les dates à dessein l. D'autres acceptant les dotes de Vigny croient à une influence indirecte de Millevoye, qui, comme on sait, était tout plein d'André Chénier : outre des poèmes dans le goûl antiquisant, il a écrit des poèmes bibliques, qui auraient pu servir de modèle à Suzanne au latin et à La Femme adultère.
Mais ce qu'il y a de plus frappant dans les Poèmes antiques de Vigny, ce n'est pas seulement l'analogie des sujets avec ceux d'André Chénier, ce sont les ressemblances très intimes de la versification et du style. Millevoye n'a rien qui en approche. Le vers, chez lui, est de coupe régulière et il a conservé l'allure flasque de l'alexandrin de Delille. Quant au style, c'est un ramassis d'expressions banales entremêlées de réminiscences de Chénier, qu'il énerve et qu'il décolore. Chez Vigny au contraire, s'il n'y a pas eu imitation, il faut avouer que la ressemblance tient du prodige 2. On retrouve même les expressions de Chénier :
Car la vierge enfantine auprès des matelots Admirait et la rame et l'écume des flots. (Symétha.)
Étonnée et loin des matelots,
Elle tombe, elle crie, elle est un sein des flots.
(La jeune Tarentine.)
Venez, ô venez voir comme Glycère est belle! (La Dryade.) Et me suivant des yeux disent : « Connue rite est belle! «
(Cheomis.)
Kl la pèche an duvet de pourpre coloré... (La Dryade.) Vois la pourpre des fleurs dont le pécher se parc.
(Le Chevrier.)