‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 234 sur 248 · Pensées de Joseph Delurme, p · texte numérisé non relu

Pensées de Joseph Delurme, p

■2. lèid., i>. 136.

400 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A i/ANTIQUE.

mettre la charrue avant les bœufs. La césure et les enjambements doivenl être déterminés par le rythme, qui lui-même est soumis à la pensée ou à l'émotion du poète. Une vraie réforme devait commencer par poser la nécessité de renforcer le rythme, dont le vers français, comme la langue elle-même, est presque totalement dépourvu. Faute de cela, on courait le risque de précipiter de plus en plus le poète dans la prose, en négligeant de lui rappeler que la phrase logique, en poésie, doit se confondre avec la phrase mélodique, qui, dans tous les cas, la précède et peut-être l'engendre *. Enfin, dans le style de Chénier, Sainte-Beuve distingue deux procédés essentiels : « 1° Au lieu du mot vaguement abstrait, métaphysique et sentimental, employer le mot propre et pittoresque. — 2° Tout en usant du mot propre et pittoresque,... employer à l'occasion et placer à propos quelques-uns de ces mots indéfinis, inexplicables, flottants, qui laissent deviner la pensée sous leur ampleur 2. » La remarque est fort juste en ce qui concerne Chénier et on ne peut lui reprocher qu'une chose, c'est la tendance à transformer en procédé ce qui doit être, chez le poète, purement instinctif et d'inspiration. La recherche du mot propre et pittoresque est d'ailleurs une opération analytique qui convient mieux au romancier qu'au poète. Sa principale faculté, à lui, c'est l'invention de la métaphore ou de l'image. Si Hugo semble l'avoir oublié quelquefois dans les Orientales, je ne crois pas cependant que la faute en soit à Chénier, ou à Sainte-Beuve : il y avait l'exemple de Chateaubriand, dont l'action a été bien autrement forte sur le Hugo des premières années; il

1. Il est juste de dire que Sainte-Beuve a fait lui-même cette distinction de la phrase logique et de la phrase mélodique (op. cit., p. 134); mais il ne semble pas y attribuer toute l'importance qu'il faudrait.

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