Pensées de Joseph Détonne, p. loi
y avait surtout celui dos coloristes romantiques, les Devéria, les Boulanger, les Delacroix.
On ne voit donc pas ce qu'il y avait de neuf et de fécond dans la poétique nouvelle, que Sainte-Beuve avait extraite de l'œuvre d'André Chénier. D'autre pari, quel qu'ait ('dé l'engouement de la première heure, il tant singulièrement restreindre son influence : Hugo et Lamartine y ont presque totalement échappé. Musset, qui l'imite d'abord, revient de bonne heure à l'alexandrin classique et n'en garde que certaines formes de développement déjà employées par Vigny. Quant à celui-ci et à Sainte-Beuve, qui semblent l'avoir étudié de plus près, ce sont des isolés: ce n'est que beaucoup plus tard que les parnassiens s'aviseront d'aller chercher riiez eux de nouveaux procédés île style et de versification '.
En somme, ce que les romantiques ont dû à Chénier se réduit à ceci : d'abord il leur a offert l'idée d'un vrai poète en un temps absolument dépourvu de poésie. Ensuite ils ont pu se réclamer de lui pour autoriser dans la langue et dans la prosodie des inno-
I. On se rappelle l'éloge que Leconte de Liste a l'ail de Vignj dan- son discours de réception à l'Académie française. Remarquons à ce propos combien les parnassiens ressemblent non seulement à André Chénier, mais aux classiques décadents du xvme siècle. La génération actuelle a dû répudier leur discipline, tout comme les romantiques durent répudier celle des classiques pour retrouver le sens de la poésie. La littérature de- parnassiens s'est formée sous l'influence de l'idéologie de Taine. de la sophistique et du dilettantisme de Kenan, comme celle de la fin du x v 1 1 1 * siècle et de l'Empire, sous l'influence de l'idéologie des encyclopédistes et de la sophistique de Diderot et de ses émule-,. Pour les parnassiens, comme pour les pseudo-classiques, l'art est avant tout une question de forint- <-t de style. Le poète en particulier est un fabricant tt'<:iiiu/i<>ux et d'images eu le metteur en vers de formules philosophiques ou scientifiques. Avec le sens du lyrisme, ils ont perdu le grand -en- poétique des choses, que nos symbolistes s'efforcent de retrouver.
valions <|ui cependant sont très différentes des siennes, pour ne pas dire qu'elles leur sont diamétralement opposées.
Nous venons d'étudier les rapports du romantisme avec la tradition classique du xvine siècle, pnis avec l'école antiquisante d'André Chénier; il nous reste à voir ce qu'il a dû aux poètes de la Pléiade, et en général à l'art de la Renaissance, — c'est-à-dire au classicisme sous sa première forme.
Bien pins que du recueil de Latouche, on peut dire du Tableau de la poésie française au XVIe siècle, qu'il a beaucoup servi au second Cénacle, quoique cependant dans un tout autre sens que Sainte-Beuve ne l'aurait voulu. Ce fut l'Académie française qui inspira au futur ami de V. Hugo l'idée de traiter ce sujet, en le mettant au concours pour le prix d'éloquence, en 1826 «. Son travail parut d'abord par articles, dans le Globe, pendant l'année 1827. L'année suivante, les articles étaient réunis en un volume, auquel faisait suite un recueil de morceaux choisis de Ronsard. L'auteur disait dans la préface du second volume : « Pour qui se donnera la peine de rapprocher les doctrines éparses dans ce commentaire et dans mon Tableau de la poésie au XVIe siècle, il en sortira toute une poétique nouvelle, dont je suis loin d'ailleurs de me prétendre l'inventeur ». Malgré la restriction modeste de la fin, c'était encore un peu ambitieux et Sainte-Beuve se trompait. Toujours est-il que l'ouvrage fut très lu des romantiques et que l'influence en fut considérable.
Lorsqu'il était encore dans sa nouveauté, Hugo, sui