‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 238 sur 248 · Voir VÉpilre sur Ici Paresse · texte numérisé non relu

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inséré par la suite dans son Tableau. Mais ce sont surtout les procédés d'enrichissement de la langue pratiqués par Ronsard, cpie nous retrouvons chez les romantiques. Nul doute que Hugo n'ait lu et médité ce retentissant passage, qui était reproduit tout au long dans les Œuvres choisies : « Tu pratiqueras bien souvent les artisans de tous métiers, comme de marine, vénerie, fauconnerie et principalement les artisans du feu, orfèvres, fondeurs, mareschaux, minérailliers ; et de là tireras maintes belles et vives comparaisons avecque les noms propres des métiers, pour enrichir ton œuvre et le rendre plus agréable et parfaict, car tout ainsi qu'on ne peut véritablement dire un corps humain, beau, plaisant et accomply, s'il n'est composé de sang, veines, artères et tendons et surtout d'une plaisante couleur; ainsi la poésie ne peut être plaisante sans belles inventions, descriptions, comparaisons, qui sont les nerfs et la vie du livre qui veult forcer les siècles 1 ». Dès les Ballades, Hugo applique la théorie: il met à contribution les vocabulaires spéciaux :

D'abord les piquiers aux pas lourds, Puis sous l'étendard qu'on déploie, Les barons en robe de -nie.

Avec leurs mortiers de velours -

A mesure que le sens de la vie et de la beauté des mots grandira en lui, ce sera un véritable débordement de termes techniques. Dans la Légende du beau Pécopin, blason, vénerie, navigation, tous les dictionnaires y passent; et ce sera encore pis dans les Travailleurs de la mer. Les disciples eux-mêmes, comme Théophile Gautier, qui lisail avec assiduité des dictionnaires de métier, resteront bien en deçà du maître.

i. Œuvres choisies de Ronsard (Préface de la Franciade). 2. Odes : La Fiancée du Timbalier.

406 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A i/ANTIQUE.

Ronsard recommandait encore l'emploi de tous les dialectes de la langue : « Outre, je l'advertyde ne faire conscience de reinellre en usage les antiques vocables el principalement ceux du dialecte wallon et picard, lequel nous reste par tant de siècles l'exemplaire naïf de la langue française, j'enlens de celle qui eut cours après que le latin n'eut plus d'usage en notre Gaule, et choisir les mots les plus prégnants et significatifs non seulement dndit langage, mais de toutes les provinces de France, pour servir à la poésie, lorsque tu en amas besoin1 ». Les dialectes chez nous n'existant plus qu'à l'état de patois, Hugo n'a pu suivre Ronsard sur ce terrain. Pourtant, dans le Dernier jour d'un condamne" et, ensuite, dans les Misérables, il n'a pas reculé devant l'argot. Il allègue l'exemple d'Eugène Sue et de Balzac, plus loin celui de Plante qui a fait parler le phénicien à deux soldats carthaginois, Molière où Ton trouve toutes sortes de patois et môme du levantin 2.

Dans les procédés de versification, l'analogie et l'imitation ne sont pas moins frappantes. Comme on l'a déjà remarqué, ce n'est qu'à partir de sa liaison avec Sainte-Beuve, c'est-à-dire après la publication du Tableau, que Hugo devient franchement novateur en prosodie. Cependant on a trop exagéré, je crois, l'importance de certains tours de force imités de Ronsard, de Rémi Belleau ou de Joachim Du Bellay 3, comme la Chasse du Burgrave, le Pas d'armes du roi Jean, la Rime de Sainte-Beuve, la Ballade à la lune d'Alfred de Musset. Ce qu'il y a d'essentiel, comme Hugo lui-même le disait, c'a été la création de toute une variété de strophes inconnues des classiques ou tombées en

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