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des fêtes. Les romans d'alors sont remplis de descriptions éclatantes traversées à tout instant de réminiscences des grands peintres - décorateurs de la Renaissance : on ne rêve plus que de lévriers cravatés d'écarlate, de négrillons en pagnes de soie multicolore, portan! des orfèvreries (jui sont des chefs-d'œuvre, de coupes de Venise épanouies et fragiles connue des Heurs, de courtisanes parées en princesses fabuleuses et admirablement belles, qui conduisent d'invraisemblables orgies '.
Ce que la littérature romantique en a retenu, c'est le goût du décor, qui est beaucoup plus complexe qu'on ne pense et qui tient au plus profond de l'âme moderne. Ce goût s'affirme avec une extraordinaire puissance chez Hugo. On nous dit même qu'il y avait chez lui la vocation d'un peintre-décorateur du plus grand mérite. Ses dessins en font foi : « Ses moindres croquis sont des indications de décor 2 ». Il faisait même mieux : à une répétition de Lucrèce Borgia, mécontent d'un détail décoratif, il fit apporter de la couleur et des pinceaux et, séance tenante, il se mit à rectifier le contresens du peintre 3. — Du moins on peut dire qu'au théâtre, il est, avec Wagner, celui qui a inventé les plus prestigieux décors : qu'on se rappelle plutôt, — à cette dernière scène de Marion Déforme, — le passage de la litière du cardinal; ailleurs, les noces de Doua Sol et d'Hernani dans Saragosse
1. Cf. Fortunio dans les Nouvelles de Th. Gautier, la description de l'orgie dans la Peau de Chagrin de Balzac.
■2. Philippe Burty, Maîtres et petits maîtres, p. 320.
3. Loc. cit. — Sur les aptitudes de Hugo, comme dessinateur, cf. aussi Th. Gautier dans son Histoire du romantisme, p. 130. — Les rubriques de Hugo sont aussi très intéressantes à consulter : « Dans l'architecture, dans les ameublements, dans les vêtements, le goût de la Renaissance. — Le Roi, comme l'a peint Titien. — Triboulet, dans son costume de fou, comme l'a peint Bonifazio. » {Le Roi s'amuse.)
illuminée; et surtout, au premier acte du Roi t'amuse. cette vision de la cour de François 1", qui semble une transposition de Rubens <m de Paul Véronèse. — Dans ses vers et dans ses romans, le décor se retrouve avec la même largeur et la même maîtrise. Il y aurait bien des passages à citer dans ses premiers recueils; mais qui ne se souvient de ces vers de la Légende des siècles :
On voit ua grand palais, comme an fond d'une gloire, t'a parc, de clairs viviers où les lâches vont boire Et des paons étoiles sous les bois chevelus '.
Ou encore de Ruth et Booz, la « faucille d'or dans le champ des étoiles »? — Plus tard Flaubert, spécialement dans Salammbô, ne fera qu'hériter du maître lorsqu'il écrira ses grandes pages décoratives.
En même temps que l'art plastique du xvi° siècle, les romantiques en ont étudié aussi passionnément l'art littéraire. Par delà les poètes de la Pléiade, qui n'ont de commun avec eux que la fougue de jeunesse et l'ardeur d'ambition, mais qui se précipitent sous la discipline classique, ils sont allés d'instinct aux maîtres étrangers qui ont le plus fortement exprimé le rêve de cette grande époque : Shakespeare d'abord, que Hugo comprenait encore très mal en 18^0 -. mais qu'il put voir représenter sept ans plus tard à l'Odéon, par une troupe anglaise à. — puis Dante, qu'Antony Deschamps traduisait en vers en 182'.); — Gœthe tout plein lui aussi de cet esprit païen de la Renaissance; — les espagnols malheureusement trop mal connus 4,
i. La Rose de l'Infante.