‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 43 sur 248 · Dictionnaire philosophique, II · texte numérisé non relu

Dictionnaire philosophique, II

3. Discours prononcé par un acteur à la première représentation d'Oreste | 1750), IV, 135.

les Grecs n'avaient jamais déshonorés par de tels épisodes1 ». C'est dommage que Voltaire ne voie pas la portée de la question. Il est certain que Racine, en restreignant l'objet du poème dramatique à l'expression de la sentimentalité amoureuse ou même du besoin sexuel-, en a singulièrement diminué la valeur esthétique, comme aussi, par contagion, celle de notre littérature tout entière. Mais Voltaire ne détrône l'amour que pour lui substituer des passions plus secondaires ou plus superficielles. Lui qui avait des prétentions à la poésie philosophique, il n'a pas vu que cet Eschyle et ce Sophocle qu'il daigne imiter ont construit de vrais poèmes d'idées, où, par exemple, il ne suffit pas seulement de savoir si Œdipe apprendra oui ou non le secret de sa naissance et de s'attendrir sur ses malheurs, mais où. derrière le drame des passions, se pose la question de la destinée et du sens même de la vie. Nous n'avons rien de pareil pour la profondeur philosophique ni au Prométhée enchaîné, ni à l'Œdipe-roi.

En somme Voltaire, en se réclamant surtout de l'autorité des anciens, a résisté fort honorablement à la frivolité de ses contemporains. Il affirme énergiquernent son parti pris de rester classique. 11 remonte même au delà de Racine, qu'il trouve encore trop romanesque, notamment dans Bérénice. En certaines de ses pièces et en certains passages, il a comme des intuitions du théâtre antique. Il s'est avisé un jour que la tragédie d'Eschyle était beaucoup plus « terrible » que la nôtre et, frappé de cette idée, il compose Eriphyle :

I. Dissertation sur la tragédie ancienne et moderne, IV j l'c.i.

-. Voir à ce sujet La belle préface de l'an] Adam : Le Mystère des Feules, I.

Français, c'esl en ces lieux qu'on vous peinl Lour à tour La grandeur des héros, les dangers de l'amour : Souffrez que la terreur aujourd'hui reparaisse, Que d'Eschyle au tombeau l'audace ici renaisse! '

Mais il ne faul pas s'y tromper : Voltaire ne comprend pas Eschyle, est incapable de le lire dans le texte el le juge un monstre comme Shakespeare. C'est un grand nom sous le patronage duquel il place sa tragédie2. Ailleurs il en a dit beaucoup de mal3. Et puis. ce qui détruit l'efficacité de ces tentatives, c'est qu'elles ne se soutiennent pas : Voltaire tâtonne dans lotis les sens, sans jamais s'arrêter à un système ou à un modèle.

Ses disciples n'onl guère l'ait «pie répéter ses idées en les affaiblissant, principalement en ce qui concerne le théâtre. Pourtant, sur les anciens en général, leur critique est plus sérieuse ou plus profonde que la sienne. Nous ne dirons rien de Marmontel ni de sa Poétique française, dont l'influence ne paraît pas avoir été bien considérable el dont l'insuffisance et le caractère superficiel semblent avoir frappé les contemporains eux-mêmes v. 11 importe au contraire de s'arrêter sur le Cour* de littérature de La Harpe, d'abord parce qu'il représente assez, exactement l'opinion moyenne cl ensuite parce que c'a été la dernière formule et comme le testament de l'esthétique classique.

Dans sa préface, l'auteur insiste sur la nouveauté et l'originalité de son œuvre : « C'est ici, je crois, la pre-

Page 1