I. Essai sur la poésie dramatique, VII
i. (.riiiiin racontant une conversation de Garrickqui avait fait l'éloge 'le Shakespeare ci de Voltaire, ajoutait : « Nous avons été bientôt d'accord avec Roscius-Garrick mm- ions ces points, nous qui sommes ici un petit troupeau reconnaissant Homère^ Eschyle et Sophocle pour la loi et les prophètes, nous enivrant des ilon- du génie partout où il se trouve, sans acception de langue ni de nation- ». Corresp. /il/.. VI, 321.
::. Voir à ce sujet V Introduction que .M. Camille Jullian a mise en tête de son édition classique des Considérations «le Montesquieu : Paris, Hachette, I896i
i. Faut-il rappeler le mot de Montaigne : « Les historiens sont ma droite belle », et l'éloge qu'il l'ait de Plutarque dans le même passage? Essais, 11. X.
w iiii il lui pieusement entretenu. Nous ne parlons pus seulement des historiens proprement dits, les Lenain de Tillemont, les Pouilly, les Boivin, les Fréret, les de Brosses e! tous ceux qui à l'Académie des Inscriptions s'occupaient des antiquités grecques ou romaines. Peut-être faudrait-il citer en première ligne, parce qu'ils ont agi pins directement sur l'opinion, des philosophes comme Montesquieu, Mably, Rousseau, ou même de simples vulgarisateurs comme Rollin.
LeParallèle des Français et des Romains et les Entretiens de Phocion île l'abbé de Mably, avec leurs éloges excessifs de la Constitution romaine et des lois de Sparte ont été éclipsés par Rousseau qui a repris à peu près les mêmes thèses. 11 n'en fut pas de même de Rollin dont l'Histoire ancienne et l'Histoire romaine continuée par son disciple Crevier ' ont eu le plus grand succès et ont été maintes fois réimprimées avant et après la Révolution. Mais tous doivent s'effacer devant Montesquieu et Rousseau, les deux hommes qui ont le plus contribué, celui-ci par son éloquence passionnée, celui-là par la netteté splendide de son style et la vigueur de son esprit, à créer cette image idéale de Sparte et de Rome, qui va s'imposer à l'esprit des contemporains, jusqu'à l'hallucination et la monomanie.
Ce qui les rapproche tous, c'esl la même admiration, pour ne pas dire la même religion de la vertu antique. C'est elle qu'ils voient principalement dans l'histoire. Rollin lui-même, le pieux Rollin va demander îles leçons de morale à l'histoire profane. Il loue les dures lois de Lycurgue et s'applique même à justifier - ce
1. Ullistoire romaine qui parut en 173N allait de la fondation de Rome à la bataille d'Actium. L'Histoire des Empereurs, qui fait suite, est l'œuvre de Crevier.
2. Voir en particulier la façon dont il justifie le vol imposé aux enfants par la loi Spartiate, Traité des Études, 111, 471.
qu'elles avaienl de barbare et d'odieux. 11 s'y laisse séduire, il y met toute son âme, comme disait Montesquieu de son ouvrage : « C'est le cœur qui parle au cœur : on seul une secrète satisfaction à entendre parler de la vertu ' ». C'est qu'il trouvait à Sparte comme dans la Rome primitive son idéal d'austérité, de frugalité, de pauvreté surtout 2. Ne disait-il pas naïvement : * On sait que c'est à l'école et dans le sein de la pauvreté que furent formés les Camille, les Fabrice, les Curius: et qu'il était ordinaire aux plus grands hommes de mourir sans laisser de quoi fournir aux dépenses de leurs funérailles, ni de quoi doter leurs filles :i ». Montesquieu voit tout autre chose à Home et à Sparte et, par-dessus tout, la force de leur institution. Mais il rejoint Rollin lorsqu'il dit : « Carthage, qui faisait la guerre avec son opulence contre la pauvreté romaine, avait par cela même du désavantage : l'or et l'argent s'épuisent, mais la vertu, la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais • ».
A ne l'envisager que de ce côté-là, ce qui le met tout à fait hors de pair, bien au-dessus de Rollin et de Rousseau lui-même, c'est son intelligence si nette el si positive de toute une partie de l'antiquité, celle des historiens et des moralistes. Mais il faut aller plus loin : le génie antique, dans ce qu'il avait de plus solide, lui a été révélé. C'est lui qui disait : « J'avoue mon goûl pour les anciens: cette antiquité m'enchante et je suis toujours prêt à dire avec Pline : (Test