Corresp. litl., XIII, p
d'en sortir; que ce personnage es! un des plus dramatiques qui se puissent concevoir, parce qu'il réunit les dernières misères de l'humanité aux ressentiments les plus légitimes et que le cri de la vengeance n'est chez lui que le cri de l'oppression, qu'enfin sou rôle est d'un bout a l 'autre un modèle parfait de l'éloquence tragique. on conviendra facilement qu'en voilà assez pour justifier ceux qui voient dans cet ouvrage la plus belle conception théâtrale dont l'antiquité puisse s'applaudir. » N'est-ce pas là juger Sophocle avec les règles de la tragédie française, ou, pour mettre les choses au mieux, avec les règles de Racine? — Plus tard La Harpe disait encore : « Je pensais depuis longtemps que le sujet de Philoctète était le seul de ceux qu'avaient traité les anciens qui fût de nature à être transporté en entier et sans aucune altérai ion sur nos théâtres modernes, parce qu'il est fondé sur un intérêt qui est de tous les temps et de tous les lieux, celui de l'humanité souffrante1. » — C'est ce qui s'appelle subtiliser étrangement sur les mots. Voir « l'humanité souffrante » dans le cas très spécial de Philoctète, c'est se condamner à ne plus rien entendre à ces robustes et primitives natures du vieux drame grec, c'est substituer une entité de rhétorique à un être de chair et de sang2. .Mais ce qu'il y a de plus grave, c'est que La Harpe admire avant tout chez Sophocle la difficulté vaincue, l'étonnante réussite qui consiste à faire une pièce avec trois personnages sans que l'intérêt « languisse » un seul moment. Le triomphe de l'art, pour lui. c'est une intrigue faisant valoir des caractères — entendez des situations — et non pas comme chez les