Corr. litt., XII, p
nonce un panégyrique enthousiaste d'Homère. Littérateurs el dramaturges s'empressent de suivre le mouvement. Rochefort fait représenter sur le théâtre de la Cour sa traduction d'Electre que la musique de Gossec n'empêcha pas de tomber tout à plat. Puis ce fut VOEdipe à Colone de Sacchini, l'Àntigone de Doigny du Ponceau, où Ton voyait l'héroïne se précipiter du haut d'un rocher; puis YHurcule au Mont CEta de Lefèvre, qui était une imitation des Trachiniennes.
Parlerons-nous maintenant de deux autres tragédies de La Harpe, Coriolan 1 1 783) et Virginie (1786), où l'auteur s'était inspiré de Tite-Live, qu'il avait même traduit par endroits ', en y mêlant, dans la première, des réminiscences de Shakespeare? — En réalité ces pièces, sans grande valeur par elles-mêmes, ne font que constater la vogue croissante des sujets antiques et annoncer en même temps le triomphe de l'histoire romaine, qui va s'affirmer avec la Révolution.
M;iis ;i quoi bon insister sur ces médiocres productions?Ge n'est pas la tragédie qui a soutenu le théâtre au xviii0 siècle, c'est l'opéra; et la seule grande émotion d'art que la scène ait donnée alors, c'est dans les œuvres de Gluck et non dans celles de Voltaire et de ses émules qu'il Tant la chercher.
On a dit ailleurs quelle révolution la musique de Gluck opéra dans les habitudes du public français, comment la vieille querelle de la musique italienne et de La musique française changea de lace dès l'arrivée à Paris du compositeur allemand -'. Ce qu'il y a de certain, c'est que jamais auteur tragique ne passionna davantage les esprits, el que tout ce que le xviii0 siècle ,i\;iil conservé d'enthousiasme sérieux pour L'arl se
l. Il ;i traduit le discours de Véturie à Coriolan, acte Y. se. m.
.. ii. Desnoiresterres, Gluck et Piccinni.
dépensa dans les batailles ardentes qu'excita l'esthétique nouvelle de l'auteur d'Orpftée. Ce fut pis que de nos jours pour la musique de Wagner : partisans el adversaires étaient montés à un degré d'exaltation extraordinaire. Le succès de Gluck devint presque une affaire d'État, où la reine elle-même dut intervenir1 — el l'on s;n'l que ses sympathies pour le maître allemand furent perfidement exploitées par ses calomniateurs2.
L";ilil>é Arnaud, un des plus fervents admirateurs de Gluck, écrivait : « Les admirateurs du chevalier Gluck s'honorent de porter jusqu'à l'enthousiasme les sentiments que leur inspirent les beautés de ses productions sublimes ;i ».
Aux représentations, c'est tout au plus si les spectateurs n'en venaient pas aux mains, comme au temps d'Hernani : « Pour moi, disait l'un, je ne. salue pas u\\ homme qui n'aime pas Gluck4 ». — et en général, aux yeux des partisans du chevalier, « on n'avait pas figure humaine quand on ne regardait pas la musique de Gluck comme la plus belle possible s ». A ces hyperboles admiratives répond une égale inintelligence de la part des adversaires. Comme il fallait s'y attendre, nous trouvons au premier rang La Harpe et Marmontel, le premier dans ses articles du Journal de politique et de littérature, l'autre dans son Essai sur les révolutions de la musique en France. Tout ce que le pédantisme et la médiocrité peuvent trouver de sophistique décente et mesurée quand on dérange leurs habitudes ou leurs
1. Si Gluck fut soutenu par Marie-Antoinette, Wagner doit a Napoléon 111 d'avoir été représenté à Paris. Cf. Baudelaire, L'art romantique, p. 240.