Marmontel. Mémoires, loc. cit
Ll£ THÉÂTRE ET LIMITATION DE L ANTIQUE. I i •!,
grande rivale et surtout Lekain qui, tout en renonçant à l'ancienne mélopée tragique ', avait une telle profondeur d'accenl dans les rôles les plus ingrats, qu'il
sut faire illusion au public sur leur valeur littéraire. Sans cela — comme le remarque Gœthe-, — si le nouveau jeu eût absolument triomphé, la tragédie eût été précipitée vers une décadence complète, et c'était l'avènement sans conteste du drame bourgeois.
Une innovation plus importante encore, quoique moins aperçue, et doid M11, -Clairon eut encore l'initiative, ce fut l'étude historique des rôles, la recherche de la couleur locale dans l'expression et dans la mimique : « C'est, disait-elle, dans l'histoire de tous les peuples du monde qu'il (le comédien) doit puiser ses lumières: la lire ne serait rien, il doit l'approfondir, se la rendre familière jusque dans les plus petits détails, adapter à chaque rôle tout ce que sa nation peut avoir d'originalité :!... » Dans une fantaisie écrite par Mmo d'Epinay, la méthode de la grande artiste est rendue à merveille par ce bout de dialogue. L'auteur imagine un débutant venant demander des conseils à M"' Clairon : « Quels sont, monsieur, les pôles que vous possédez le mieux et que vous vous proposez de me faire entendre? — .Mademoiselle. celui de Néron dans Britannicus. — Seulement! .Mais, monsieur, avant de vous faire entendre, faites-moi la grâce de me dire qui était Néron. — Mademoiselle, c'était ni empereur qui vivait ;i Rome. — Qui vivait à Rome est bon. Mais était-il empereur romain. on vivait-il à Rome pour son plaisir/ Comment était-il parvenu à l'empire? Quels étaient ses droits, sa naissance, ses parents, son éducation, son carac-