Talma, Béflexions sur Lekain el l'art théâtral, p
l'. Goethe, Mémoires, )>. \l\.
:{. Mémoirei de M11* Clairon, p. 84
tère, scs penchants, ses vertus, ses vires? — Mademoiselle, le rôle de Néron répond à une partie de vos questions, mais pas à toutes. Monsieur, il faut non seulemenl répondre à ces questions, mais à toutes celles que je vous ferai encore. Et com menl pourrez-vous rendre le rôle de Néron, ou tel autre qu'il vous plaira, si vous ne connaisse/, pas la vie du personnage que vous voulez représenter, comme la vôtre même? — J'ai cru. mademoiselle. qu'il suffirait <le bien connaître la pièce pour saisir le sens du rôle. — Et vous avez mal cru, monsieur.... ' » 11 ressort, de Ions les témoignages contemporains que M"' Clairon s'efforçait consciencieusement de mettre en pratique ces théories, et quelle s'était donné une instruction très supérieure à celle de ses rivales : c'était un sûr moyen de renouveler les anciens rôles et de donner aux nouveaux une originalité que. sans cela, sans doute, ils n'auraient pas eue. Dans quelle mesure réussit-elle à se pénétrer de l'antique, comment jouait-elle les Phèdre, les Agrippine ou les Mérope, — c'est ce qu'il est difficile de conjecturer. Il est vrai que Voltaire lui écrivait, après la reprise d'Oreste en 1761 : « Vous avez rendu à l'Europe le théâtre d'Athènes 2 ». Mais on sait ce que valent les compliments de Voltaire et de quelle étrange manière luimême comprenait les anciens. Quoi qu'il en soit, il y avait là de la part de l'actrice une tentative intéressante quoique bien compromettante pour la tragédie classique. Cette étude historique des rôles — qui esl déjà du romantisme — était en contradition avec l'esprit même de la tragédie du xvn° siècle; clic acheminait l'artiste vers un contresens perpétuel, en substi-
\. Corr. litt. Rêve de M""' d'Épinay. IX, p. Wl.