‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique, dans la seconde moitié du 18e siècle et les premières années du 19e en FranceChapitre 91 sur 248 · Cf. Berlioz, A travers chants, p · texte numérisé non relu

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Mais qu'on y songe bien, nous sommes ici à l'Opéra : la musique, la décoration et la pantomime formaient comme un système harmonieux. Il en est tout autrement à la Comédie-Française. Nous avons déjà vu combien les sujets nouveaux étaient éloignés de l'esprit de la tragédie classique, dont la forme vide, par une sorte de miracle, était toujours debout. On peut en dire autant de la déclamation. Voici maintenant que le costume et le décor achèvent le divorce : la tragédie n'est même plus chez elle. Il ne lui reste qu'à sortir du théâtre et à laisser la place au drame historique, qui a déjà transformé à son image la maison et le mobilier.

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les « poet;i; m i n o b e s »

I. La décadence: médiocrité des poètes. — L'abbé Delille, type du décadent classique. — Absence d'idée. — La manie de la polémique. — Le sens de la poésie est perdu, triomphe de l'esprit cartésien. — Progrès de L'espril bourgeois: vulgarité, grivoiserie, platitude, grossièreté, inintelligence de la Beauté, culte de l'utile. — Les littérateurs veulent être du monde; les succès de salon, les lectures publiques. — La recherche du morceau à efl'et, décousu de la composition.

— Comment on revient aux anciens et de quelle façon, -- Les vers latins modernes, le goût « jésuite » en poésie. — On aboutit à la paraphrase ou à la traduction.

IL Les descriptifs : influence de Thomson, les sciences de la nature, satiété de la littérature dramatique. — Comme on traite les mêmes sujets que les anciens, on est amené à les imiter. — Les Saisons de Saint-Lamberl : il n'a qu'une intelligence médiocre de l'antique. — Les imitations de Lucrèce et de Virgile. — Les Fastes de Lemierre; il s'inspire d'Ovide ; insignifiance et modernité superficielle de son œuvre. — Delille le grand poète descriptif, les Jardins, l'Homme des Champs ou les Géorgiques françaises. — L'actualité, la banalité distinguée; Delille fabricant de vers latins en français.

— Sa langue, sa versification. — Culte de Virgile. —Les Mois de Roucher. c'est un véritable tempérament de poète. — .Mais son œuvre est manquée : fausseté du poème didacticoscientifique. — Qualités sérieuses de Roucher, son travail, ses connaissances scientifiques, sa connaissance approfondie du latin. — Sécheresse et prosaïsme. — La versification, le style et la langue. — Roucher et André Chénier. Ils aboutissent l'un et l'autre à la mosaïque et à la traduction.

III. La traduction en vers. — Les Géorgiques traduites par Delille, actualité de l'œuvre. — Ce qui manque à Delille

comme traducteur et comme latiniste. — Sa méthode de traduction : il continue les traducteurs du xvie et du xvn° siècle; il francise Virgile. — Préoccupations mondaines de Delille : les Géorgiques sont le chef-d'œuvre de la traduction classique; il met Virgile à la mode. — La traduction en vers au xvm" siècle.

IV. La poésielyrique : u'esl guère représentée que par Lebrun Étrangeté du personnage.— Idée qu'il se fait de son rôle Lebrun et André Chénier. — Sa poétique, ses Réflexions sur le génie de l'Ode. — Culte vague de Pindare. — Le poète conducteur de peuples. — Le travail du style, le « style créé ». — Imitation maladroite des métapho'res de Pindare. — Les images violentes, les imitations et les traductions de Lebrun.

\. Conclusion : stérilité poétique presque complète, dénûment d'invention; le vers latin et l'amplification. — On n'étudie les anciens que par l'extérieur. — Le style est l'unique préoccupation. — Mot de Rivarol à Ghênedollé. — La chasse aux expressions.

si le théâtre par sa constitution même était voué à une irrémédiable décadence, on pouvait s'attendre, dans la poésie, à une renaissance grandiose de l'Idée païenne. Il n'en fut rien pourtant, et les raisons en sont innombrables.

D'abord — de même que l'énergie et la sève poétiques semblent taries. — il n'y a plus, comme au xvie ou xvne siècle, de ces individualités puissantes, qui rallient autour d'elles les idées et les volontés de toute une génération. Il n'y a plus de grand poète, plus de chef d'école, — un Ronsard, un Malherbe, un Hugo. En revanche, on a une foule de petits versificateurs médiocres et même à aucune époque l'espèce n'a pulbib' davantage : ce sont des gens du monde, comme Saint-Lambert, qui l'ont des vers en amateurs; des abbés de cour, connue lierais, de plats intrigants connue Marmontel, des gens de collège comme La

Harpe ou Delille. Pour la plupart, la littérature nVst qu'un moyen de se faufiler dans le monde : le modèle, le type du poète d'alors, c'esl l'abbé Delille, « l'abbé ». comme on disait.

11 était petit, myope, laid, « la figure en zig-zag ' ». Ses élèves, au collège de Beauvais, l'appelaienl « écureuil » ou « sapajou » -. Néanmoins très coquet, aimant « à voir un beau bas de soie noire dessiner sa jambe fine et bien tournée :1 ». Au moral, voici de lui un portrait très flatté, mais qu'il est facile de remettre au point : « Rien ne peut se comparer ni aux grâces de son esprit, ni à son l'eu, ni à sa gaité, ni à ses saillies, ni à ses disparates. Ses ouvrages mêmes n'ont ni le caractère, ni la pbysionomie de sa conversation. Quand on le lit, on le croirait livré aux choses les plus sérieuses. En le voyant, on jurerait qu'il n'a jamais pu y penser; c'est tour à tour le maître et l'écolier. Il ne s'informe guère de ce qui occupe la société: les petits événements le touchent peu; il ne prend garde à rien, à personne, pas même à lui. Souvent n'ayant rien vu, rien entendu. il esta propos; souvent aussi il dit de bonnes naïvetés, mais il est toujours agréable... Son âme a quinze ans. aussi est-elle facile à connaître, elle a vingt mouvements à la fois et cependant elle n'est point inquiète. Elle ne se perd jamais dans l'avenir et a encore moins besoin du passé 4... »

Quoi qu'en dise l'auteur, c'est bien ainsi qu'il apparaît dans ses livres : léger, étourdi, la tète vide d'idées 5. Mais il a tout de suite attrapé le ton du

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