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i. Mroe Lecoulteux du .Moley, Corresp. litt., loco cil. ■i. Voir en particulier son Discours sur l'éducation el ses Discours académiques, édit. Michaud, t. II.
monde. Il es! protégé par le comte d'Artois. Choiseul- Gouffier l'emmène à Constantinople. On se l'arrachait :
c'était « un meuble indispensable à la campagne • ». Avec cela, il éblouit; on l'estime, ou on l'admire. Voltaire lui-même écrit que sa traduction des Gêorgiques est « un des meilleurs poèmes qui aient honoré la France depuis Y Art poétique »... « On ne pouvait l'aire plus d'honneur à Virgile et à la nation ». La critique lui est généralement fort bénigne '-. Quand il meurt, on lui fait d'imposantes funérailles : « Son corps resta exposé pendant plusieurs jours sur un lit de parade, dans l'une des salles du Collège de France; sa tète était ceinte d'une couronne de laurier. Le G mai 3, à midi, le cortège composé des membres de l'Institut et de l'Université, de MM. les professeurs du collège et grossi d'un concours nombreux d'hommes de lettres, d'étudiants et d'artistes, partit pour se rendre à l'église Saint Ktieiine-du-Mont. Les rues étaient inondées d'une foule immense: les fenêtres garnies de spectateurs 4. » — On juge, d'après cela, de l'idée qu'on se faisait de son talent.
Mais l'indice le plus sûr de la décadence, c'est moins cette disette de vrais talents, que l'absence d'idée d'ensemble. Dans aucun de ces poèmes didactiques qui abondent alors, on ne trouve une idée unique, patiemment creusée comme chez Lucrèce ou chez Dante. On se noie dans les détails descriptifs ou dans l'analyse scientifique, parce qu'on est incapable de créer une synthèse poétique des choses. De là un manque absolu de composition. Les livres son! un véritable chaos. On
î. Mémoires de M"" Vigée-Lebrun.
■1. Il n'j cul guère que Clément <lc Dijon et plus tard Rivarol qui t'attaquèrent. Cf. de Lescure, Rivarol et lu .société française pendant In révolution et l'émigration, p. 56.
:î. Il était mort dans la nuit du 1"' au 2 mai 1813. 4. Notice sur Delille, par Amar, édit. Michaud, 1er vol.
parle de tout à propos de tout, très insuffisamment d'ailleurs, car <>n ne sait rien à fond. Le modèle de ces livres-encyclopédie, c'est l'Essai sur les règnes de Chimie et de Néron de Diderot. Mais voici un livre «le poète '. 11 s'agit de chauler le mois d'avril et le retour du printemps. L'auteur débute par une in vocal ion à Vénus (imitée de Lucrèce, comme il fallait s'y attendre) ; ensuite, grâce à une série de petites transitions 1res habiles et qui ne sont que des trompe-l'œil, il passe à la culture du verl à soie dans le Bas-Languedoc, ce qui amène l'éloge de Montpellier, copieusemenl traité; puis à l'épisode des Pausias inventeur delà peinture, — à la décomposition des rayons du prisme par Newton, — à l'épisode des Lusiades de Camoëns, le géant du Cap de Bonne-Espérance. Puis, invectives contre la traite des Noirs, — les cyclones de l'Amérique du Sud, — l'origine de la chaîne volcanique desCordillières, etc. Et tout cela à propos du mois d'avril et du retour du printemps! 11 leur manque, à ces décadents du classicisme, une foule d'autres dons pour être de vrais poètes, mais ce qui leur manque surtout c'est — comme disait Goethe des romantiques allemandes — « l'architectonique au sens élevé du mot, cette force active qui produit, qui crée et qui construit i T>.
En réalité, on n'avait pas le temps de se recueillir,, de méditer sérieusement une œuvre. On était trop pressé alors d'argumenter, trop préoccupé de détruire et de combattre. La polémique est partout, elle étouffe tout le l'esté. Elle se glisse jusque dans le grand ouvrage de Voltaire, ce Siècle île Louis XIV, qui prétendait n'être qu'un monument à la gloire de la nation et