E. de Concourt, M"' Clairon, p. 123 (note
3. Cf. Le vacher de Chamois, Costumes et annales des grands théâtres de Paris, vol. I, planche 43.
4. Le costume actuel des Juives algériennes est en particulier d'une grande richesse, mais est loin de produire le même effet que le costume de fantaisie de M"* Dumesnil.
156 FIN DU CLASSiaSME ET RETOUR A l'ANTIQUE.
lugubre comme ces grands vestibules tout nus où grelottent deux pauvres acteurs en tunique ou en peplos. C'est une piteuse mascarade qui tourne autour d'une tragédie classique. De celle-ci, il ne subsiste presque plus rien : l'illusion scénique, comme le sens littéraire, s'en est allée.
Il convient de dire que M"« Clairon, qui inaugura la réforme, se préoccupait beaucoup moins de l'exactitude historique du costume que de sa convenance avec la situation. Ainsi, par exemple, il ne convient pas qu'Electre, réduite à la condition d'esclave, se présente c en habit couleur de rose garni très élégamment en jai noir* ». Elle estime d'autre part que « le costume exactement suivi n'est pas praticable : il serait indécent et mesquin. Les draperies d'après l'antique dessinent et découvrent trop le nu : elles ne conviennent qu'à des statues et des tableaux *. » On voit donc qu'il y avait encore loin des innovations de la grande tragédienne à ce que nous appelons la couleur locale. D'ailleurs les comédiens, qui avaient de riches garde-robes à utiliser, blâmaient cet abandon des traditions et — il faut bien le dire — la plupart ne comprenaient pas le sens de la réforme 3. Ce sont donc plutôt des tentatives isolées et plus ou moins heureuses, qu'une méthode systématiquement suivie, que nous avons à constater. Mais pourtant, du jour où l'on vit paraître M"® Clairon, dans VÉlectre de Cré billon, « en robe noire sans paniers et sans garniture, des cheveux naissants et non poudrés, un œil de poudre, pas de rouge et des chaînes* », on peut dire