Roucher, op. cit., II, p
4. Cf. Corresp. litt., XII, p. 192. (La tirade est reproduite tout au long.)
170 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'anTIQUE.
à un bien haut degré. Pourtant au xvii*' siècle, la poésie de la passion et du sentiment, la poésie de Tidée religieuse avaient inspiré de grandes œuvres. Aujourd'hui la science a tout desséché, grâce au progrès continu de l'esprit cartésien *, qui est éminemment l'esprit d'analyse. La seule poésie dont cette époque fût capable, c'est celle qu'on trouve dans les comédies de Marivaux, qui ne sont que de délicates et spirituelles analyses légèrement teintées de sentimentalité un peu mièvre. Mais on rêve quelque chose de plus haut. On veut être savant ; et il faut bien avouer qu'il y a quelque noblesse dans ce goût de la science. Le grand tort est de ne pas distinguer les limites de la science et de la poésie et surtout d'être si peu poètes. Veut-on savoir leurs sujets de prédilection à ces descriptifs et à ces lyriques? — Lebrun débute par une Ode sur les causes physiques des tremblements de terre * ; Malfîlâtre, par une Ode sur le soleil fixe au milieu des planètes ^. Lemîerre célèbre V Utilité des découvertes faites dans les sciences et dans les arts sous le règne de Louis XV *. Delille écrit une Épitre à M. Laurent, à l'occasion d*un bras artificiel qu'il a fait pour un soldat invalide s. Et nous ne citons que les plus étranges de ces élucubrations; il n'est que de feuilleter un recueil de ce temps pour trouver en abondance des développements tout semblables.
Si maintenant nous passons des titres au contenu
1. Appelons-le ainsi, plutôt que Vesprit d'analyse. Celui-ci est parfaitement conciliable avec la poésie. (Cf. Paul Bourget, Essai de psychologie contemporaine, 1" série, p. 287.) Au contraire, Descartes se refuse à comprendre tout ce qui n*est pas la science : son dédain pour l'antiquité, pour la théologie, pour l'histoire.