Liv. I, od. IV
3. Malfîlâtre, Poésies diverses (dans les Petits Poètes français , par Prosper Poitevin, Paris, Didot).
4. Lemierre, Petits Poètes français, t. I, p. 313. t Delille, (Èuvres, édit. Michaud, I, p. 23.
LES « POETiE MINORES ». 171
des œuvres, nous verrons que le texte est étouffé par le commentaire scientifique. Les Mois de Roucher offrent peut-être le plus bel exemple. On trouve de tout dans ses commentaires : de la physique, de la chimie, de la géologie, de la botanique, de la médecine, de la mythologie, de l'histoire, de la philosophie, de l'économie politique ^ et même de la poésie. Citations copieuses, longues discussions, on peut prendre un chant au hasard*, on y retrouvera tout cela. Delille lui-même, si mondain, si superficiel, bourre le commentaire de ses Géorgiques de tout ce qu'il sait d'histoire naturelle et d'économie rurale. Ce qu'il y a de pis, c'est que le commentaire est généralement supérieur au texte, qui est vague et déclamatoire, sans compter que dans le commentaire on peut se permettre de plus grandes hardiesses, avec l'espoir que la censure n'ira pas les y chercher. On comprend que Buffon préférât sa prose à tout ce fatras de vers pseudo-scientifiques. Noyés par le commentaire et surtout si pâles et insignifiants
1. Roucher, d'ailleurs, traduisit le livre d'Adam Smith sur La nature et les causes de la richesse des nations, 1790.
2. Voir, par exemple, le commentaire du V* chant : d'abord une note abondante sur le mois de juillet dans le calendrier romain. — Puis une dissertation de près de 18 pages in-4'' sur la poésie hébraïque. — Une remarque de La Condamine sur les sinuosités des fleuves à leur embouchure. — Note sur les difîérentes espèces d'ambres. — Note sur l'ébénier noir. — Note sur la pêche des perles dans le golfe Persique appuyée de l'autorité de Chardin. — Note sur la composition du diamant. — Note sur le lézard et le crocodile, sur le phoque, sur l'ours, sur le castor (très longue), d'après Bufl'on. — Note sur les glaciers, d'après VEssai historique et physique des montagnes de glace en Suisse^ par M. Jean-Georges Âltmann, et VHistoire nalurelle des glaciers de Suisse, par M. Gronner. — Notes sur les crues du Nil, — sur les sources, l'origine et le cours de ce fleuve, etc. — Voir aussi le commentaire des Saisons de Saint-Lambert, que Diderot trouve très ennuyeux. On frémit à l'idée de ce qu'aurait été le commentaire de VHei^nès d'André Chénier.
172 FIN DU GLASSiaSME ET RETOUR A L ANTIQUE.
à côté, on se demande à quoi ils servent; il vaudrait assurément mieux s'en passer.
Une autre cause de médiocrité pour cette poésie du XVIII» siècle, c'a été les progrès et le triomphe de l'esprit bourgeois. Il faut l'attribuer principalement à la disparition de l'idée chrétienne*, avec tout ce qu'elle avait mis de noblesse et d'héroïsme dans les âmes et dans la littérature de l'époque antérieure : on a redit assez depuis Chateaubriand combien le christianisme ajoute aux sentiments naturels. Le paganisme renaissant qui s'y substitue tombe malheureusement dans des âmes bien médiocres. Les poètes de ce temps ont tous un fond de vulgarité et ils deviennent facilement grossiers, comme d'ailleurs les plus grands écrivains du siècle, les Voltaire, les Rousseau, les Diderot. Ils se délectent en d'invraisemblables paysanneries, ■— si peu sincères, si complètement dénuées de poésie et qui n'ont même pas pour elles l'imprévu de la nouveauté! Virgile et Lucrèce chantent les amours héroïques du cheval : eux, ils versifient les plus banales aventures de la saison des foins. Et ce n'est pas une fois; visiblement ils prennent plaisir à ces polissonneries^. Ou bien ce sont des histoires d'une sentimentalité grossière : un berger qui sauve sa bergère sur le point de se noyer, — le vieillard Polémon qui chapitre Damon, son seigneur, pour avoir voulu suborner sa fille '.
Je suis vieux, je suis pauvre et vous m'ôtez Thonneur!