‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 121 sur 281 · Ibid., XI · texte numérisé non relu

Ibid., XI

176 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l' ANTIQUE.

« le lecteur » par excellence. Il porta le genre à sa perfection.

Outre l'inconvénient de se soumettre au jugement du monde.- on pressent aussi tous les défauts de cette poésie de lectures publiques. Recherche du morceau à effet, tirades déclamatoires, décousu des développements. Un poème n'est plus qu'un ramassis de t morceaux » : Horace Walpole l'avait déjà remarqué pour les Saisons de Saint-Lambert * ; Fréron, dans V Année littéraire, répétait la même chose à propos des Jardins de l'abbé Delille *. Celui-ci sentait si bien la justesse du reproche qu'il avait déjà essayé de se disculper dans la préface des Géorgiques, en se donnant l'air de défendre Virgile. Mais n'est-il pas curieux de voir la décadence classique du xviii® siècle s'affirmer par les mêmes symptômes que la décadence latine?

Et cependant ils veulent absolument faire des vers. Ils sentent tout ce qui manque à la poésie dégénérée de leur temps ; ils le sentent d'autant plus qu'ils ont maintenant à l'étranger des termes de comparaison ^, — Shakespeare, Thomson, Gray, Ossian, Gessner, Klopstock. Les traductions, les adaptations, les analyses des journaux, — tout cela vient rompre la quiétude de l'esprit classique. Mais au fond on méprise les Allemands et les Anglais, tout en reconnaissant qu'on pourrait leur faire d'heureux emprunts. On veut rester français. Pour cela, il faut maintenir la tradition, faire ce qu'ont fait les classiques — les imiter et imiter, comme eux, les anciens. L'expédient était grossier et il ne réussit pas. Tandis que les poètes du xvii* siècle avaient su se créer une forme originale pour exprimer

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