Cité par Sainte-Beuve, Causeries du lundis t. XI, p
2. Année littéraire, 1782 (cité par Sainte-Beuve, loc. cit.).
3. Se reporter à Texte, J.-J. Rousseau et les origines du cosmopolitisme littéraire.
une conception toute neuve de la vie, eux, les décadents, ils reprenaient une forme usée et ils n^avaient rien de nouveau à dire : ils pouvaient bien s'y tromper à cause de l'abondance extrême de matières que la science et la philosophie avaient mises en circulation; mais au fond leur pensée, comme leur art, restait gouvernée par la raison classique. De là, la stérilité die la poésie du xviii" siècle et en même temps son intarissable bavardage. De là aussi, le tour particulier que prend l'imitation de l'antique. On parle bien alors de Virgile et d'Homère, de Lucrèce et de Pindare; mais en somme on est gêné avec eux, tandis qu'au contraire on traite d'égal à égal avec les fabricants de vers latins modernes : on en est au goût jésuite en littérature : \ élégance, correction, difficulté vaincue, vide absolu des idées. Aussi voilà que les Rapin et les Vanière ressuscitent : le Prœdium rusticum est traduit *. Delille compare Vanière à Virgile et tout en reconnaissant la supériorité de Virgile sur le poète jésuite, il avoue que € ce qu'on ne peut trop admirer dans celui-ci, c'est qu'il loue la campagne de bonne foi, qu'il peint ce qu'il aime et qu'il fait passer dans l'âme de ses lecteurs le sentiment qui l'anime ^ ». Quant à Rapin « il a écrit dans la langue et quelquefois dans le style de Virgile ^ >. Non seulement Roucher pense de même *, mais il déterre des versificateurs latins profondément inconnus, auxquels il ne ménage pas les éloges. Il cite un fragment d'un poème latin de Jacques Savari : Vcnationis ccrvinœ leges ^, un autre d'un poème sur la Peste par un M. Geoffroy ^. Il recommande t aux ama-
1. Traduction par Berland en 2 vol., 4757. Cf. Cofresp. litt. p. 322.