‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 125 sur 281 · Cf. Texte, op. cit., p. 360 et suiv.i · texte numérisé non relu

Cf. Texte, op. cit., p. 360 et suiv.i

180 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'aNTIQUE.

ne connaissait pas *. — Mais bien plus que Thomson, les progrès extraordinaires des sciences de la nature au xviii® siècle ont contribué au développement du genre descriptif *. La science et les découvertes du temps ont fourni la matière; la rhétorique classique qui énumère et qui classe, a fourni la forme. Ajoutons qu'on était las de ces éternelles tragédies taillées sur le même patron. On voulait faire du nouveau et prouver au reste de l'Europe qu'on était capable d'autre chose que « de tragédies et de chansons ^ >.

Le poème des Saisons de Saint-Lambert est à proprement parler le premier en date des poèmes descriptifs * ; d'ailleurs on en parlait depuis si longtemps, que l'auteur peut être considéré, chez nous, comme le véritable initiateur du genre : après y avoir travaillé pendant € près de vingt ans * », il le publia enfin en 1769 avec un discours préliminaire, trois petits romans 'plusieurs pièces fugitives et quelques fables orientales. Ce fut un désappointement universel, surtout pour qui-

1. Grimm lui-même le reconnaît implicitement dans ses critiques : « Le défaut de ce poème consiste dans une. trop grande 'richesse dHmages et de poésie. A force d'être riche et fleuri, il devient monotone et fatigant. • {Corresp, litt., IV, 248.) Se rappeler cependant les méchantes critiques de Voltaire, qui met Saint-Lambert au-dessus de Thomson; voir notre chap. I.

2. 11 y a une autre cause aussi, qui est extrêmement importante et dont nous avons parlé ailleurs, chap. aii), c'est la confusion des limites de la peinture et de la poésie. On est convaincu qu'il faut être un peintre pour être un poète : au fond, toute la poésie descriptive est sortie de cette idée.

3. - IjSl nation française est la nation la moins poétique de l'Europe. Elle n'aime, elle ne connaît guère que deux espèces de poésie : les chansons et le théâtre. » (Rivarol, Corresp, UU^, Xlll, p. 179.) —Voir aussi Delille, Préface des Jardins^ etc.

4. Nous ne parlons ni des premières pièces de Saint-Lambert, Le Soir et I^ Matin, ni même des Quatre Saisons de Bernis, que l'auteur intitule pompeusement : Les Géorgiques françaises; c^ sont des œuvres par ti^op insignifiantes.

^. Càrresp. Itét., VllI, i77.

conque supputait la lenteur de Télucubration : on s'attendait à trouver en français le pendant des Géorgiques ou du De natura renim; et l'on ne comptait qu'un versificateur de plus '.

Très modestement d'ailleurs, Saint-Lambert avait ramené le sujet à sa portée : il ne prétendait pas, comme .Virgile, décrire les pratiques de l'agriculture, donner des préceptes : il aurait fallu, pour cela, s'y connaître, surtout aimer la terre et être capable de la chanter. Il se propose tout simplement de donner le goût de la campagne aux gens du monde et, en particulier, aux grands propriétaires *. La différence est énorme : il ne s'agissait plus de raconter la vie des paysans, mais d'amuser des yeux et des esprits blasés : ainsi s'expliquent ces épisodes galants et surtout ces tirades de philosophie qui déplaisent si fort dans le poème de Saint-Lambert et qui en rabaissent le ton si maladroitement.

Cependant, même compris de la sorte, le sujet était encore grand; Saint-Lambert l'a senti : |les poèmes do Virgile et d'Hésiode hantent son souvenir. Il s'excuse de ne pouvoir, comme eux, s'intéresser au détail de la vie rustique ^. Mais si mondain qu'il soit resté, il a vu tout ce qu'il y a de sérieux dans l'amour des sexes tel que Lucrèce et Virgile l'ont chanté. Sa description du printemps est pleine de réminiscences antiques : dans tout ce qu'il dit de l'omnipotence de l'amour, des amours du cheval et du taureau, du tigre et du lion *, on retrouve l'accont de l'Invocation à Vénus et du IIP livre des Géorgiques. Ce qui manque, c'est le

1. Corresp, litt. ,\l\l, 288 : « Sans les pièces fugitives de M. de Saint-Lambert, où il y a du sentiment et de la verve, je dirais que c'est un bon rimeur, mais non pas un poète. •

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