Fastes, II, v
4. Sacra recognosces annalibus cruta priscis. [Fastes, 1, 7.)
enir parfois d'Ovide, imiter, par exemple, la légende de Syrinx *, c'est la couleur moderne qui l'emporte. En somme, en un sujet où il est particulièrement déplacé et déplaisant, intrusion de l'esprit de propagande anticléricale du xviir siècle, avec tout ce qu'il apporte de platitude et d'inintelligence dans les choses religieuses. Éparpillement de l'œuvre, décousu de la composition : c'est une série de morceaux descriptifs. Dans Saint-Lambert, le poème didactique était encore fidèle à son titre : il voulait enseigner le bonheur de la vie rustique et s'y efforçait honnêtement. Chez Lemierre, c'est le poème didactique sous sa forme littéraire. Il n'apprend plus rien. Le sujet est indifférent. Le livre pourrait s'intituler tout simplement : Des vers.
Cet abâtardissement du poème didactique est encore plus sensible chez Delille. L'idée qu'il s'en fait, il a eu soin de nous eu avertir lui-même dès le début du discours qu'il a mis en tête de ses Géorgiqiies : < Hésiode était plus agriculteur que poète ; il songe toujours à instruire et rarement à plaire ; jamais une digression agréable ne rompt chez lui Vennui et la monotonie des préceptes, » Et plus loin : « Si les épisodes sont nécessaires même dans le poème épique,... ils le sont bien davantage dans le poème didactique, pour couper la monotonie et adoucir l'ennui des préceptes. > Il dit des préceptes moraux la même chose que des préceptes techniques : « Indépendamment de l'aversion naturelle que nous avons pour eux, (ils) sont si éloignés de nos sens que rarement ils fournissent au poète ces belles descriptions, ces vives images, qui font l'essence de la poésie. »
Delille adoucira si bien r ennui des préceptes y qu'il n'en restera pour ainsi dire plus rien. Le poème didac-
i. Fastes, de Lemierre, chap. xvi; Ovide, Métamorph., ï.
^' tique deviendra purement descriptif, sans échapper, ' comme il le voulait, à la monotonie. Rivarol s'en amusa à propos des Jardins : c Dans le I®*" chant, dit-il, l'auteur entreprend de diriger l'eau, les fleurs, les gazons, les ombrages; dans le second, les fleurs, l'eau, les ombrages et les gazons; dans le troisième et le quatrième, il dirige encore les ombrages, les fleurs, les gazons et les eaux *. » — Quoi qu'il en soit, c'est dans cet esprit que Delille a composé tous ses poèmes. Nous pouvons en parler dès maintenant, même de ceux qui n'ont paru qu'au siècle suivant, car tous ont été conçus à la même époque que les Jardins, ou même récités par fragments bien avant leur publication définitive ^.
Delille est le descriptif par excellence. Il a poussé si loin la perfection en ce genre, qu'on Ta considéré comme un véritable chef d'école.
Le poème descriptif consiste non seulement, comme chez Thomson ou Saint-Lambert, — à décrire les /aspects de la nature, mais à mettre en vers n'importe ./quoi. Plus le sujet paraît éloigné de la poésie, plus : l'habileté du poète en est triomphante. Delille décrit tout, depuis la raquette jusqu'au jardin de Versailles. Naturellement, — le sujet même de sonpoèmç l'y obligeait, — description des jardins fameux du temps, —