Préface de VÊnéide
i. Cité par Sainte-Beuve, portr. lUt.y II, p. S3.
quelque chose des grâces naïves de La Fontaine, mais surtout l'abondance facile et souvent trop facile de Voltaire. On conçoit sans peine qu'il est impossible qu'un style qui se compose de la combinaison étudiée de tant d'autres styles ait un cachet particulier, une certaine originalité de caractère *. » En effet s'il a des « hardiesses » elles sont honnêtes et prudentes. Comme chez Racine, la noblesse de l'épithète sauve la vulgarité du substantif. Sa versification est l'image de son stylo. Il émousse les angles, il énerve ; c'est un ruisseau d'eau claire. Le vers est coupé régulièrement à l'hémistiche, ou bien il admet des rejets d'un hémistiche tout entier, et cela sans aucune nécessité, ce qui donne au vers quelque chose de boiteux. Dans les Jardins en particulier il abuse de cette coupe, qui, à la longue, devient encore plus monotone que la coupe classique. Il a bien des innovations, dont quelques-unes même assez heureuses :
Vous marchez, l'horizon vous obéit; i| la terre S'élève ou redescend, s'étend ou se resserre '-.
Mais tout cela est noyé dans la banalité du reste. Qu'on ajoute la banalité extrême et la fadeur des motifs et l'on comprendra qu'une lecture un peu prolongée de Delille devienne facilement intolérable. C'est la ritournelle de l'orgue de Barbarie.
En réalité, il faut saluer en Delille le plus grand fabricant de vers latins qu'ait eu le xviir siècle. Comme ces Rapin et ces Vanière dont il avait le goût et même l'admiration, il cherche des expressions dans les maîtres, des coupes et des rejets. 11 connaît tous les secrets et toutes les ruses du métier; mais il n'a jamais