Cf. Discours préliminaire
2. Sur rinfidélité littérale, tout a été dit par Clément de Dijon : Observations critiques sur les Géoryiques, sur les poèmes des Saisons, de la Déclamation et de la Peinture^ par Clément, Genève, 1771.
3. Lebrun a traduit aussi cet épisode. 11 avait envoyé sa traduction à Clément pour l'opposer à celle de Delille (cf. Sainte- Beuve, Portr» litt.^ II, p. 74), mais Lebrun est encore plus infidèle que Delille. On trouvera cette traduction dans les Veillées de Parnasse.
LES « POETiE MINORES ». 207
facile à manier : c'est le plus clair service que lui ait rendu le P. de la Rue, qu'il a eu constamment sous les yeux. Enfin si l'on songe à ce que l'on attendait alors d'un traducteur, — la traduction exercice de stylistique comparée, — on estimera en somme que les Géorgiques de Delille sont le chef-d'œuvre de la traduction classique et qu'il l'a véritablement élevée à la hauteur d'un genre.
Certainement il y a eu des traductions en vers avant Delille *. Cela rentre dans la définition même du classicisme. Mais on peut dire que le succès des Géorgiques leur donna l'essor. Si Virgile a des admirateurs, Lucain a les siens aussi et non moins passionnés ^. De nombreuses traductions en ont été faites au xviii® siècle ; mais parmi celles en vers, il faut citer la traduction du chevalier de Laurès (1773) et les fragments lus par La Harpe à diverses séances de l'Académie (1776, 1777). Chez La Harpe surtout, on sent le désir de rivaliser avec Delille. Nous avons déjà parlé ailleurs des nombreuses traductions soit en vers, soit en prose des erotiques latins'. Chabanon de Maugris — qui s'était fait une spécialité du genre — traduit le m^ livre des Odes d'Horace (1773) et Philidor met en musique le Carmen Saeculare (1780). Saint-Ange traduit les Métamorphoses d'Ovide (1778). Mais c'est Homère surtout qui sollicite les traducteurs, par un retour d'enthousiasme et une sorte de protestation contre les dédains d'autrefois. Plusieurs années de suite, l'Académie met
1. Parmi les traducteurs de Virgile, avant Delille, il faut citer le chevalier de Coëllogon, qui iràduisït V Épisode d'Aristée (1750) et la Dispute des armes d'Achille (XlIP livre des Metamoriihoses d'Ovide, 1751).
2. Marmontel en particulier avait une admiration pour Lucain, dont il donna une traduction en 1766; cf. Corresp. litt., Vl(, p. 28.
3 Cf. notre chap. i.
208 FIN DU classicisme: et retour a l antique.
au concours la traduction en vers d'un morceau do niiade (1776, 1778). Rochefort avait déjà traduit le xr, le XVIII* et le xxn' chant (1765), Saint-Ange donne le début du poème (Commencement de llliade traduit en vers et non imité (1776) : Cabanis en commence une traduction. Lebrun dut entreprendre vers la même époque la traduction des morceaux d'Homère, de Virgile et d'Ovide, qui figurèrent plus tard dans les Veillées du Parnasse. Chabanon de Maugris traduit les Idylles de Théocrite (1775). Nous ne rappelons pas enfin les traductions ou les imitations des tragiques grecs S qui se répétèrent à de fréquents intervalles dans les dernières années du xviii® siècle.
Si l'on tient compte de l'extrême rapprochement des dates et si l'on songe que la plupart de ces traductions sont signées des plus grands noms de la littérature du temps (La Harpe, Lebrun, Ducis) ou sont l'œuvre de jeunes débutants; si, d'autre part, on se rappelle qu'en dehors de la littérature légère, les principaux poèmes d'alors ne sont guère que des traductions, des adaptations et des imitationsiitires d'auteurs anglais et allemands, — on verra dans cet ensemble de faits un symptôme des plus significatifs.
Comme on devait s'y attendre en un siècle aussi peu poétique, le sentiment même du lyrisme semble alors s'être complètement perdu. En comptant bien, il n'y a de poète lyrique que Lebrun: car Jean-Baptiste Rousseau appartient plutôt au xvii" siècle; — et nous laissons de côté les faiseurs de dithyrambes, de pièces