Liv. YI, ode viii
2. Voir par exemple son ode divisée en strophes, anlîstrophes et épodes : « mon esprit! au sein des cieux;.. * Mais surtout ses remarques sur l'ode de Malherbe à Marie de Médicis, avec un plan d*ode pindarique : Œuvres en prose (édit; B. de Fouquières), p. 345.
3. Non plus qu'au Discours sur la poésie lyrique avec les modèles du genres par l'abbé Gossart, qui parut en 1761^ et ne renfermait d'ailleurs aucune vue originale*
Vimpétuosilé du style, la noblesse, la nouveauté, la magnificence, r éclat, la chaleur des expressions, tel est le caractère de sa poésie; toutes ces beautés se précipitent en foule dans ses audacieux dithyrambes; de ses vers coule une profonde harmonie; l'enthousiasme est son âme; et s'il est vrai que la poésie soit le langage des dieux, c'est dans la bouche de Pindare * .» — Voilà en somme tout le programme de Lebrun pour la poésie lyrique.
Il est impossible de ne pas remarquer en passant combien cet entêtement de nos poètes à ressusciter Pindare était étrange et combien même il serait inexplicable sans la force de la tradition et le principe de l'imitation qui est à la base du classicisme. Malherbe, après les erreurs de Ronsard, s'en était sagement abstenu, et cela sans doute pour toute espèce de raisons, mais surtout par un secret sentiment que ces pastiches étaient un contre-bon sens dans la poésie française et ne pouvaient être qu'un amusement de dilettante ou d'érudit. On ne se rendait pas assez compte que le lyrisme de Pindare est une chose extrêmement spéciale et qu'essayer de le faire revivre était à peu près aussi absurde que de vouloir rétablir en plein Paris moderne la procession des Panathénées,
D'ailleurs Pindare, comme les lois du lyrisme grec, étaient encore trop mal connus même des philologues de profession, pour qu'on pût tenter des pastiches exacts des Odes triomphales; c'est ainsi, par exemple, que le problème de la composition de l'ode pindarique, qui est encore aujourd'hui si obscur, pour ne pas dire qu'il est insoluble *, Lebrun le tranche sans
i. Réflexions sur le génie de VOde.
2. Sur toutes ces questions, cf. Croiset, La poésie de Pindare et les lois du lyrisme grec, en particulier liv. II, chap. i, p. 293 et suiv.
nul embarras, en se ralliant tout simplement à la théorie du • beau désordre » des classiques du xvii* siècle. De là vient que, chez lui, malgré tout ce qu'il a dVtudié et de voulu, la composition est absente et que ses vers ne sont qu'un prétentieux et laborieux chaos. Quoi qu'il fasse, il ne peut pas se débarrasser de Vidée oratoire ou de Vidée logique, pour atteindre à Vidée lyrique. Il faut croire d'ailleurs qu'il y avait 1^ un obstacle inhérent non seulement à la nature du talent de Lebrun, mais au génie de notre race. Dans le Serment du Jeu de Paume, comme dans les Odes de Victor Hugo, c'est toujours la raison oratoire qui domine. On peut résoudre toutes ces compositions en paragraphes logiquement enchaînés. C'est seulement hier que, chez nous, les symbolistes se sont avisés d'une poésie aussi musicale que logique, où les images s'associent en vertu d'affinités sentimentales, comme les sons dans la musique.
Ainsi donc ce qui fait l'âme du lyrisme de Pindare échappe h Lebrun, comme à tous ses contemporains. Pour le reste, c'est-à-dire pour le détail du style, il s'est efforcé consciencieusement de l'imiter.
Pourtant il faut reconnaître qu'il a tenté, sous l'influence de Pindare, d'ôter à l'ode moderne son caractère strictement littéraire. Il veut que le poète se mêle aux foules, que ses vers soient l'accompagnement des fêtes publiques ou le commentaire poétique des grands événements de la vie nationale. On peut dire que c'a été plus qu'une tendance chez Lebrun, que c'a été véritablement sa grande ambition et le rêve de toute sa vie. Rien ne le prouve mieux que les titres d'un grand nombre de ses pièces, depuis son ode sur le Désastre de Lisbonne ou sur la Paix de / 7^2 jusqu'à son Ode nationale contre V Angleterre. Mais le moyen de créer une poésie vraiment populaire, de pénétrer jusqu'aux
LES « POET.F. MINORES ». 2l;i
masses et de les émouvoir, quand, avec cela, on a sur le lyrisme des idées aussi spéciales et des procédés d'art aussi savants, pour ne pas dire aussi pédantesques que Lebrun?
On voit tout de suite que c'est d'abord le style qui le préoccupe. Il a des débuts retentissants ou des chutes d'ode éclatantes :
J'ai vu Mars! je l'ai vu des sommets de Rhodope Précipiter son char et ses coursiers fougueux *.
Vous eussiez vu la Gloire, en ces moments funestes, De son voile de pourpre entourant ce héros, Le porter tout sanglant sur les voûtes célestes, Loin des yeux d'Atropos 2.
Le travail de Lebrun sur le style a été extrêmement curieux. Évidemment les résultats sont en général pitoyables , mais c'est le procédé qui est intéressant h étudier, parce qu'il est commun A un grand nombre des comtemporains de Lebrun (à Roucheren particulier) et qu'il est un des caractères les plus significatifs du classicisme décadent.
Tous ces petits poètes avaient été vivement frappés, en lisant les maîtres, de ces rencontres d'expressions, inimitables pour les médiocres et qui sont en quelque sorte la marque même du génie. On l'avait remarqué depuis longtemps chez Racine. Rivarol en fit comme la découverte en traduisant Dante. En réalité le compliment que lui adressa Buffon, lorsqu'il déclara que sa traduction était « une création perpétuelle * » revenait de droite l'original. Mais Rivarol ne le laissa pas