‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 150 sur 281 · Fin de VOde i, liv. IV · texte numérisé non relu

Fin de VOde i, liv. IV

3. Cf. de Lescure, op. cit., p. 121. — Plus tard, Rivarol parlant de Thomas, avec Ghénedollé, critique très vivement son style, parce que * ce n'est pas là un style créé ». Cf. Sainte- Beuve, Chateaubriand et son groupe, 11, p. 166.

tomber et c'est lui sans doute qui contribua à lancer cette expression de « style créé •, qui est à la mode vers 1789. Mais le procédé datait de beaucoup plus loin. On trouverait une foule d'expression c créées » chez Delille * et même chez Saint-Lambert. Seulement dans les dernières années du xviii^^ siècle, l'abus en devient véritablement scandaleux : c'est la marque du style Louis XVI en littérature. — Une expression t créée >, c'est une alliance de mots, ou une association d'images inusitée, — exactement d'ailleurs comme chez les maîtres eux-mêmes. Mais tandis que ceux-ci sentent d'instinct les affinités des mots et des images et qu'ils trouvent sans les chercher de ces splendides métaphores, déconcertantes pour la logique et qui parlent néanmoins un si clair langage pour l'imagination et le sentiment, les décadents fabriquent laborieusement bs leurs et s'imaginent qu'il suffît de violenter le génie de la langue pour être extrêmement originaux. Le premier résultat, c'est le barbarisme ou l'image incohérente ; on en trouve, en trop grand nombre, de déplorables exemples dans les vers d'André Chénier *. Ce qui précipita Lebrun dans cette voie, ce fut sans doute l'étude qu'il fit du style de Pindare : en effet, chez aucun poète ancien, on ne rencontre un pareil imprévu ni une pareille hardiesse dans l'association des images : par exemple, t la mort que Persée apporte aux habitants de Sériphe, pétrifiés par la tête de Méduse, devient pour Pindare Xt'Otvo; OavaTo;, c une mort de pierre ». Les rayons de la gloire qu'un homme a obtenue par la vitesse de ses chevaux gardent une trace de leur origine : ils s'appellent, par une con-

1. Ainsi, par exemple, on disputa beaucoup sur ce vers de Delille :

Jo veux qu'un tendre SLini, peuplant ma solitude...

Cf. Corresp. lUt.\ XI, p, 38.

%*Vpif .notre «cbap. vi.

LES « poet.ï: minores». 217

fusion hardie, « des rayons rapides ». Un combat où les lutteurs sont revêtus de fer s*appelfë dans une ode € un combat d*airain » (ir^v -/â^y-eoc) *. » — Malheureusement la langue française répugne absolument à des raccourcis aussi audacieux. L'analyse logique de la pensée y veut être suivie pas à pas. Théophile Gautier s'est vanté quelque part de n'avoir fait que des métaphores qui se suivent et il avait raison : du moins dans la poésie française tel que le classicisme et, après lui, le romantisme l'avaient faite, il ne peut pas y en avoir d'autres *. Et chose fâcheuse, — comme M. Brunetière l'a fait voir, — il suffit, en français, de continuer la métaphore pour tomber dans la préciosité. — Lebrun n'a pas pris garde à tout cela ; il a cru pouvoir transposer dans ses odes les métaphores - de Pindare et il a parlé un abominable jargon.

Il est tout fier de trouver des rébus comme ceux-ci :

11 est beau, quand le sort vous plonge dans Tablme, De paraître le conquérir 3.

Ou encore :

Et mes lauriers émus ont pleuré tes ennuis ♦.

Ce qui veut dire sans doute : t Moi, poète, j'ai compati à ta peine. > Ou bien, — ce qui est encore plus hardi :

Où prétendent voler ces forêts vagabondes *?

pour dire : « Où prétendent voler ces vaisseaux? »

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