‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 151 sur 281 · Liv. V, od. III · texte numérisé non relu

Liv. V, od. III

Mais la plupart du temps Lebrun se borne à imiter ou à traduire. Il le dit lui-même, ce qu'il a le plus admiré dans Pindare, c'est « la magnificence, l'éclat, la chaleur des expressions * ». En conséquence, il s'approvisionne d'un certain nombre de mots hauts en couleur qui reviennent sans cesse dans ses vers : ce n'est que pourpre, or, flamme, palmier, laurier, — tous les symboles de la force et de la gloire. Comme il a lu Ossian, il en garde aussi un certain nombre d'images déclamatoires, qui donneront à ses vers quelque chose de plus sauvage et de plus primitif; les images de meurtre et d'incendie lui plaisent :

Du sauvage effréné, la vengeance est atroce.

Sa haine boit le sang dans des crânes affreux.

Que leur cri le poursuive au fond des noirs afjîmes, Qu'il y tombe plongé dans un fleuve de sang ~.

L'Etna géant incendiaire^ Qui d'un front embrasé fend la voûte des airs 3.

Ce style « effréné » de parti pris contraste singulièrement avec l'allure calme et toute classique du reste. Mais surtout on le sent trop voulu et trop cherché : d'où une impression de gène et de malaise. Ce qui l'augmente encore, ce sont ces perpétuelles traductions littérales d'expressions grecques ou latines, qui foisonnent dans les Odes de Lebrun. C'est le même système que celui d'André Chénier et de Ronsard, la même erreur de syntaxe, qui les fait aboutir au solécisme et au galimatias. Il dira par exemple :

Son orgueil affectait l'empire de la terre Et le sceptre des eaux *.

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