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LA RENAISSANCE DE l'iDÉE PAÏENNE. lo
sance italienne avait commencé *. L'affranchissement de l'individu, telle est en effet la condition première de tous les grands mouvements d'art et de toutes les fortes civilisations.
Mais il ne suffîsait pas de débrider les instincts et d'exciter le sentiment individuel; il fallait encore que riiomme rendu à sa vraie nature apprît à se connaître et, avec lui, les choses qui l'entourent. Si nous tendons au bonheur de toutes nos forces, nous devons commencer par supprimer l'erreur qui est la source de tous nos maux,. puis tâcher à la plus grande somme de vérité, afin de multiplier nos prises sur la nature et sur nous-mêmes et d'être autant que nous le pouvons, les maîtres de notre fortune. Même les sceptiques comme d'Alembert et Voltaire *, ceux qui désespèrent au fond de la vie et de l'homme, proclament encore l'excellence de l'étude ou tout au moins l'efficacité du travail pour calmer la douleur ou l'ennui d'exister. Mais ce ne sont là que des cas isolés : le mouvement qui emporte le siècle est un mouvement de conquête soutenu par toutes les illusions de la victoire prochaine : depuis les premiers encyclopédistes jusqu'aux derniers idéologues, c'a été la même foi énergiquement affirmée que la science allait enfin donner le bonheur à l'humanité, en diminuant ou même en supprimant le mal physique par ses découvertes, en lui expliquant sa nature et ses origines, en détruisant le conflit des instincts naturels et des idées religieuses ou morales par la réduction do^'éthique à la science positive''. Ce fut l'avènement d'une forme d'esprit très
1. Cf. J. Burckhardt, ia civilisation en Italie au temps de la kenaissance, I, 163.
2. Voltaire (conclusion de Candide). — D'Alembert, Apologie de Vétude, discours lu à FAcadémie française, 16 avril 1161»
3. Voir en particulier la préface du Système de la nature de d'Holbach t « L'homme n'est malheureux que parce qu'il
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spéciale, la philosophie, — un terme que Ton trouve vague parce qu'il est extrêmement compréhensif : à la fois polémique et dogmatique, véritable complot contre Terreur, ou ce qu'on appelait alors la superstition et, en même temps, enquête universelle de la vérité. On ne saurait trop y insister : c'a été l'effort le plus énergique de l'esprit humain depuis le xvi° siècle. On peut même dire que le xviiio en rompant les dernières attaches avec le mystère et la tradition, «n a continué et couronné la tâche.
En tout cas, on a le même appétit de science : on veut tout savoir, ou au moins pouvoir parler de tout. Les talents encyclopédiques reviennent à la mode, — et justement il n'y a pas de plus clair symbole des ambitions intellectuelles du siècle que ce présomptueux frontispice du premier volume de V Encyclopédie complaisamment analysé en note par les éditeurs. 11 représente la Vérité éclairant la Théologie et dominant tout un groupe de figures allégoriques, l'Histoire, la Géométrie, l'Astronomie, la Physique, l'Optique, la Botanique, la Chimie, l'Agriculture, puis les principaux genres de la Poésie, la Musique, la Peinture, la Sculpture, tous les arts d'imagination. — Tel était bien en effet, dans ses grandes lignes, le programme que chacun se proposait : est-il besoin de rappeler l'activité universelle de Voltaire, — ses travaux littéraires, historiques, scientifiques, exégétiques — si l'on peut donner ce nom à ses pasquinades sur l'Ecriture, — et, en dehors de la littérature, la variété des aptitudes et des connaissances des littérateurs depuis Montesquieu, qui était un grand travailleur, jusqu'à Rousseau, qui se piquait d'ignorance? Le plus surprenant de tous est
méconnail la nature, etc. «. — Sur l'éthique des encyclopédistes et des idéologues, cf. Hettner, Literatuvgeschichte des '/5«<r« JarhundeHs. 11, — Picavet, Les Idéologues»
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encore Diderot, non pas que sa science soit bien solide, mais personne ne se familiarisait plus facilement et plus vite avec les idées, les méthodes ou les techniques les plus diverses; personne ne paraissait plus à Taise en en parlant. Ses fonctions d'éditeur et de rédacteur de VEncyclopédie Pavaient d'ailleurs obligé à toucher à tout : mathématiques, philosophiez, histoire, littérature, politique, morale, industrie, critique d'art, il peut écrire sur tout cela, ou parler de tout cela. 11 fait exécuter des modèles de métiers < pour les étudier plus à son aise^ ». U imagine des sujets de tapisseries pour les Gobelins, ou des dessus de tabatière en émail ; Cochin lui demande un projet pour le tombeau du Dauphin dans l'église de Sens* et Catherine II un règlement et un programme d'études pour une université : on le juge au fait de toutes les idées, propre à toutes les tâches, ou lui-même se le persuade. Au-dessus ou à côté de lui, cette manie encyclopédique gagne toutes les classes et tous les rangs de la société : c'est M""» de Pompadour qui grave et qui imprime'; ce sont les fermiers généraux qui écrivent des vers, font des collections, bâtissent des systèmes. Les femmes et les gens du monde sont entraînés par le mouvement : la grande mode mainte-
1. D'Alembert dans sa préface rendait cet hommage k Diderot : « Il est Tauteur de la partie de celte encyclopédie la plus étendue, la plus importante, la plus désirée du public et, j'ose le dire, la plus difficile à remplir; c'est la description des arts. M. Diderot l'a faite sur des métiers qui lui ont été fournis par des ouvriers ou des amateurs, dont on lira bientôt les noms, ou sur les connaissances qu'il a été puiser luimême chez les ouvriers, ou enfin sur des métiers qu'il s'est donné la peine de voir et dont quelquefois il a fait construire des modèles, pour les étudier plus à son aise