‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 17 sur 281 · Cf. Con^sp, littér., II, 485; III, 95; VU · texte numérisé non relu

Cf. Con^sp, littér., II, 485; III, 95; VU

3. Cf. Jules de Concourt, Madame de Pompadour. Voir aussi La Femme au XVIIP siècle, p. i3i et suiv., pour la manie encyclopédique des femmes.

nant est de suivre des cours; le Lycée va s'ouvrir ^ véritable université mondaine, où Condorcet professe les mathématiques, Fourcroy la chimie, Marmontel et Garât, l'histoire, La Harpe, la littérature.

On peut se moquer de ces grands seigneurs et de ces gens de lettres, qui veulent savoir avec tout le rpste comment on fait le pain ou comment se tisse une pièce de drap. Il se mêle sans doute à tout cela beaucoup de frivolité et, chez le plus grand nombre, ces préoccupations n'étaient point sérieuses. Mais n'essaient-ils pas en somme de se donner par principes et, il faut bien l'avouer, parfois d'une façon assez pédantesque, l'éducation que se donnaient instinctivement les Italiens du xv« siècle? Armer son corps et son intelligence, afin d'être plus forts ou plus résistants, tirer de l'homme tout ce qu'il peut donner, développer ainsi toutes ses facultés et voir dans la perfection du type humain le but suprême de toute activité et comme le terme du progrès, voilà le fond de leurs doctrines. C'était en somme un retour à l'idéal héroïque de la Renaissance, tel que Rabelais l'avait formulé *, mais, avec beaucoup moins de poésie — on ne saurait trop le redire, — avec moins de grandeur, moins de force et de jeunesse surtout. Quoi qu'il en soit, — et si diversement qu'on puisse juger l'œuvre du xviii« siècle en France, il n'en reste pas moins vrai que nos philosophes ont pris conscience de ce qui, chez les hommes du xvi^ siècle, n'était qu'un rêve puissant, mais confus, et que ce sont eux qui, les premiers, ont posé la Culture comme Idéal.

Le prestige de ces idées est tel qu'elles se répandent

1. Voir en particulier la description de l'abbaye de Thélème et la règle des thélémites. Il me semble qu'on n'a pas sufHsamment insisté sur tout ce qu'il y a de hardi et, pour nous autres, d'actuel dans ces derniers chapitres du Gargantua*

partout à l'étranger : les principes en ont bien pu naître en Angleterre, voici qu'elles y pénètrent sous une forme française *. Toutes les conclusions de la philosophie d'un Hobbes, d'un Boyle ou d'un Newton ont été tirées par les La Mettrie, les Diderot, les Helvétius, les d'Holbach, et c c'est en France que le matérialisme moderne s'organise pour la première fois en système* ». En Allemagne, Gœthe et Schiller ne feront que réduire en théorie cette conception nouvelle de la vie qui est comme latente et en tout cas diffuse dans les écrits de nos philosophes. Ils se borneront à l'élargir et à lui conférer un caractère surtout esthétique. Les conditions d'ailleurs étaient les mêmes en Allemagne qu'en France : la guerre de Sept Ans venait de donner dans les deux pays un nouvel essor à l'individualisme '. Les échanges d'idées et les voyages tendaient de plus en plus à établir une sorte d'identité intellectuelle entre les principales nations de l'Europe. Aussi la littérature allemande va-t-elle suivre une marche analogue à celle de la nôtre et ses deux principaux représentants s'acheminer vers l'antiquité, de même que nos écrivains vont y revenir par une conséquence naturelle de leur philosophie.

Ce retour à l'antique est tellement conforme à l'esprit du siècle, que l'influence rivale des littératures anglaise et allemande a bien pu le contrarier, mais non pas l'enrayer. Les journalistes et les traducteurs multiplient les communications avec les pays germaniques. Non seulement on commence à connaître leurs littératures et leurs institutions, mais il n'y a presque pas de nouveauté anglaise ou allemande qui n'ait été

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