Art d'aimer, v
lions de Chénier dans les terres cuites les plus gracieuses et les plus fines de Glodion. Il vante les petits pieds et les petites mains, il surveille le fini de l'exécution, la transparence ou le grenu de l'épiderme, l'ovale du visage, l'étroitesse de la bouche, l'expression des yeux. Tout le détail pittoresque ou plastique du corps humain le séduit : de grands yeux noirs profonds, le contraste des yeux sombres et de la joue rose d'un éphèbe, de la blancheur d'une épaule et de la masse d'une chevelure brune. Ce sont surtout les cheveux qu'il décrit avec prédilection, les cheveux blonds épars, en toison, comme dans Rubens. Les cheveux reviennent aussi souvent dans ses poèmes que les roses. Il suffit d'y songer, des vers répondent aussitôt dans la mémoire :
Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés... Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes...
. C'est pourquoi il aime à évoquer un jeune front de nymphe couronné de lilas, ou le dieu Bacchus, toujours adolescent, avec une couronne de grappes sur ses cheveux bouclés.
Faut-il s'étonner qu'il ait le don de la composition picturale? On voit certains de ses poèmes : par exemple les bergers groupés autour d'Homère, le mendiant embrassant l'autel domestique, ou, dans un genre plus folâtre, Camille surprise, et par son trouble et son négligé rappelant toutes les nymphes légères de Boucher et de Fragonard. Mais ce qu'il possède au plus haut degré, c'est le don de la plastique. En cela, il se montre le digne élève de David. Il est capable de comprendre la beauté violente de Michel-A.nge : du Moise. la forte ossature des genoux Ta tellement frappé qu'il la copie dans son Avewjle : « Ils versent à l'envi sur ses genoux pesants,,, » Les beaux
gestes et les belles poses abondent dans ses vers : c'est la fille de Lycus qui supplie la vieille esclave en posant ses mains sur son visage antique. C'est Myrto sur la proue invoquant les étoiles, ou < les Nymphes des bois, des sources, des montagnes » formant une théorie autour de son beau corps rejeté par la vague. Ou encore la NaTade < qui dort et sur sa main, au murmure des eaux, — laisse tomber son front couronné de roseaux ». Il a particulièrement le sentiment de la ligne très pure : le profil d'un berger qui joue de la flûte ou de la syrinx, ou d'une danseuse rythmant ses poses au son des crotales, comme sur les panneaux de Pompéi. Il y a presque autant de flûtes dans ses vers qu'au-dessus des cadres et des trumeaux de son temps. Son sens artiste en fait le rival des délicats ornemanistes de cette fin de siècle.
Ajoutons qu'il a au même degré que nos ciseleurs et nos émailleurs parnassiens \ç sentiment de la beauté des mots. Mais il en a pris le secret aux anciens, à Homère, à Virgile, dont il copie les énumérations euphoniques de nymphes et de divinités. Qu'on se rappelle le début de son Hymne à Bacchus :
Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée,
Dionyse, Evan, lacchus et Lénée...
Et tout ce que la Grèce eut pour toi de beaux noms*...
Salut, dieux de TEuxin, Hellé, Sestos, Abyde,
Et nymphe du Bosphore et nymphe Propontide 2.
Il a noté l'effet mélodique des refrains dans Théocrite et il s'en souvient dans la Jeune Tarentine et ailleurs. Il est tellement homme de métier qu'il copie de sa main une épigramme de Myro la Byzantine, adressée aux Nymphes Hamadryades, uniquement' à cause