Cf. Paul Stapfer, Racine et V, HiigOy p
264 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'aNTIQUE.
avec quelque attention, on sent toujours chez lui quelque-chose de pénible, de méticuleux et d'un peu vain'.
La langue n'est pas très sûre, le style souvent ne vaut guère mieux : comme Ronsard, il imite de trop près la rhétorique latine dans ce qu'elle a de pire : les apostrophes, les exclamations sont prodiguées dans les Elégies : ce sont des * beautés • :
i. Voici un résumé des innovalions grammaticales d'André Chénier :
I. Néologismes tirés des langues anciennes. — Ils sont en très petit nombre : avec les deux exemples cités : aréneuse, matineuse (Documents nouveau-c sur André Chénier, fragments de VAmérique, p. 315. — Élégies, p. 260, v. 14), il faut noter ambrosie qui est d'un usage constant.
IL Sens dérivés, tirés du latin :
La mielleuse abeille. (P. 135, v, 10.)
L'onde maritime [pour Votide marine]. (P. 10, v. 7-1.)
Le mot fertile est souvent employé là où nous emploierions de préférence le mot fécond, comme en latin fertilis :
. . . Sur ce bois fertile en agréables sons. (P. 71, v. 25.)
Les fertiles pinceaux. (P. 187, v. 25.) Les hurlements de femme. (P. 23, v. 254) : femineos ululatus. Des jeux, tous les cinq ans, rendront saint et prospère Le jour où nous avons reçu le grand Homère. (P. 25, v. 270.) Ces héros, dans le sein de leur ville perdue (sens du latin perditus).
C'est l'amour insensé (qui rend insensé, insanus). (P. 53, v. 83.)
Une vierge champêtre (sens latin d'agrestis).
Devant lui l'herbe je^te des fleurs [sens latin do jac^e].(P. 152, v. 28.)
IH. Alliances de mots inusités. — Elles sont extrêmement fréquentes; il en a surtout abusé dans le Set^ment du Jeu de Paume :
. . . ta grâce auguste et ôëro De nature et tC éternité Fleurit. ...(/. de P., v. 27.) A son seul nom pétille un rire acre et jalouse (v. 8*2).
Berceau des lois, sainte masure (v. 111).
. . . . Et quand sa bouche avec effort
Crie, il y plonge ensemble et la flamme et la mort. (P. 23, v. 251.) De baisers maternels entremêlés de pleurs. (P. 55, v. 152.)
ÏV. Tou7's calqués sur le latin. — Ils sont en assez petit nombre.
Voici par exemple une inversion très forte :
ANDRÉ CHÉNIEB. 265
Parricides, tremblez, tremblez, indignes rois M...
De quoi rit ce troupeau d'eunuques du palais?
Riez, lâche et perflde engeance ^ !
— ... Non, non, il n'y faut plus songer.
Quoi ! toujours un soupir vers elle me ramène !
Allons! haïssons-la, puisqu'elle veut ma haine.
Oui, je hais, je jure... Eh ! serments superflus,
N'ai-je pas dit assez que je ne l'aimais plus 3?
11 imite les antithèses à la Lucaiii :
J'aurais su, finissant comme j'avais vécu,
Sur les bords africains, défait, mais non vaincu *...
De même que Ronsard, les classiques français et les anciens eux-mêmes, il ne sait pas ce que c'est qu'une langue et qu'un style poétiques, ou plutôt il s'imagine que la poésie est une question de langue et de style, qu'il y a des alliances de mots et des formules qui sont poétiques en elles-mêmes *. De là l'emploi trop
Sur la terre étendue
Saura te préserver cette molle toison. (P. 84, v. 71.)
Mais, 6, faisant de vous mes Pénates, mes Lares. (P. 156, v. 180.
C'est le « quanquam, o » de Virgile.
Il décline les participes présents :
Autrefois je l'ai vue Ses longs cheveux épars, courante, demi-nue. (P. '239, v. 30-31.
À l'imitation du latin, il emploie l'infinitif comme complément :
. . . ayant pour tout emploi Dormir et ne rien faire. (P. 156, v. 20.)
En somme, les procédés favoris d'André Ghénier sont : les alliances des mots et les sens dérivés calqués sur le latin. Il ajoute un certain nombre d'archaïsmes et de mots ou de tours familiers. Mais ceci n'a plus rien à voir avec Timitation de l'antique.