‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 179 sur 281 · ïbid., p. 191, V · texte numérisé non relu

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H. Ronsard recommande expressément l'emploi de la périphrase coiiime ornement poétique : il montre le bon artisan

266 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'aNTIQUE.

fréquent de la périphrase, bien que Chénier s'efforce de réintroduire dans le vocabulaire poétique un certain nombre de mots familiers. Il y a chez lui des périphrases tout à fait divertissantes. Voici par exemple comment il désigne le beurre et le fromage de Gruyère :

Le lait, enfant des sels de ma prairie humide, Tantôt breuvage pur et tantôt mets solide, En un globe fondant sous ses mains épaissi, En disque savoureux à la longue durci ^..

Le vice le plus choquant du style de Chénier comme de celui, des classiques, c'est la métaphore incohérente, qui dérive de la même erreur sur la langue et sur le style. Pour lui le mot n'est qu'un signe, alors qu'il doit être pour le poète une chose vivante. C'est l'éternel honneur de Hugo d'avoir découvert la puissance du mot et de Théophile Gautier d'avoir senti qu'il n'y a que les métaphores qui se suivent qui soient poétiques, ce qu'il ne faut pas confondre avec les métaphores qui se continuent , lesquelles sont un simple jeu d'esprit et la marque même de la préciosité. Chez André Chénier, les métaphores incohérentes sont d'un emploi perpétuel. Quelquefois même, — chose plus grave, — elles sont voulues. Elles se rencontrent si souvent qu'elles finissent par rendre injuste pour les parties vraiment saines de son style. Il écrit couramment :

en vers « les oignant et les enrichissant de figures, schèmes, tropes, métaphores, phrases et périphrases eslongnées presque du tout ou pour le moins séparées de la prose triviale et vulgaire (car le style prosaïque est ennemy capital de l'éloquence poétique) et les illustrant de comparaisons bien adaptées, de descriptions florides, c'est-à-dire enrichies de passements, broderies, tapisseries et entrelassements de fleurs poétiques ». (Préface de la Franciade.) Rien ne prouve mieux combien le style était pour lui chose extérieure, affaire de placage. i. Élégies, p. 280, v. 39 et suiv.

ANDRÉ GBÉNIER. 267

Daigne du haut des cieux goûter le libre encens D^une lyre au cœur chaste^ aux transports innocents*... Une bouche où la rose, où le baiser respire Peut cacher un serpent à Vombre d'un sourire ^,

Ailleurs ce sont des * beautés » laborieusement cherchées, à Timitation du grec :

La patrie allume ma voix 3.

Il y a bien à dire encore sur la versification dont Sainte-Beuve a singulièrement exagéré l'originalité. Très frappé de la grande liberté des coupes dans l'hexamètre grec, Chénier a l'air de s'imaginer qu'on peut couper le vers comme on veut, suivant les nécessités du sens*. La question est sans doute extrêmement délicate et il faut se garder, en matière de métrique, de toute affirmation trop absolue. Cependant nous croyons pouvoir avancer qu'en français toute coupe qui ne coïncide pas avec le rythme du vers est fausse. Voici par exemple un vers de Hugo dont la Qoupe n'est point classique, mais n'en est pas moins très correcte parce qu'elle tombe juste sous le temps marqué :

Ailes au vent, || Tessaim des victoires chantantes...

Au contraire, les vers suivants de Chénier donnent deux lignes de prose pour la raison inverse :

Là des muscles nerveux, là de sanglantes veines Serpen || tent; là des flancs invaincus aux travaux ^.,,

j. Hymnes et Odes, p. 44, v. 131-132.

2. ÊlégieSf p. 277, v. 15-16. — Les grands classique» sont pleins de fautes semblables; ainsi Racine :

... Savez-vous quel serpent inhumain Iphigénie avait retiré dans son sein?

{Ipftigénie, V, iv.)

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