‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 180 sur 281 · V Invention · texte numérisé non relu

V Invention

Notons d'ailleurs que dans la seconde partie du dernier vers, le rythme fait totalement défaut.

11 serait injuste pourtant de méconnaître qu'il est un de ceux qui ont le plus contribué à répandre la coupe ternaire, si rarement employée des classiques, et qu'il en a d'autres d'un effet très heureux. Mais il ne faut pas aller plus loin. Il serait inexact de dire qu'il a retrempé l'alexandrin français, qu'il lui a donné une solidité et une sonorité nouvelles. Justement parce qu'il ignore la loi de l'accent, il néglige de renforcer les syllabes marquées de l'accent rythmique, et son vers conserve généralement l'allure sautillante ou la cadence monotone et sèche de l'alexandrin abâtardi du xviii*^ siècle. C'était d'ailleurs un art extrêmement difficile, où l'instinct a plus de part que le raisonnement, et il a fallu à Hugo lui-même bien des tâtonnements avant de le posséder. Chénier s'est consumé inutilement dans ces questions de technique et l'on peut dire que son érudition classique lui a plus nui en cela qu'elle ne lui a servi.

C'est précisément parce qu'il est trop grammairien et trop styliste, parce qu'il étudie trop par le dehors, que son imitation des anciens est si incomplète. Comme un écolier qui fait un pastiche, c'est la forme qui le préoccupe et ainsi il est peu scrupuleux sur la qualité du fond. Il accepte et il traite sans distinction tous les lieux communs des anciens, en y mêlant la sentimentalité toujours un peu grossière du xviii<^ siècle. C'est un monde invraisemblable que celui qu'on rencontre dans ses vers : tous les jeunes gens y ont le respect des vieillards, qui sont invariablement vénérables. Les riches sont toujours généreux et hospitaliers. Les époux sont dévoués par delà la^mbe. Les belles sont toujours sensibles autant que perfides et charmantes, les amoureux toujours timides, déses-

pérés, ou pleins de reproches et d'invectives; les amis d'une fidélité sublime et les voyageurs méditatifs. Enfin tous les humains seraient bons s'ils n'étaient esclaves et malheureux, et les villageois, les plus fortunés des hommes s'ils connaissaient leur bonheur et s'ils n'étaient rançonnés par * l'avide publicain ». Veut-on savoir le rêve d'André Chénier? vivre au village :

Avoir un humble toit, une source d'eau vive, Qui parle et dans sa fuite et féconde et plaintive, Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux... Avoir amis, enfants, épouse belle et sage, £7re7*, un livre en main, de bocage en bocage *.

Yeut-on connaître sa philosophie? C'est encore le lieu commun antique :

Humains nous ressemblons aux feuilles d'un ombrage

Dont, au faîte des cieux le soleil remonté

Rafraîchit dans nos bois les chaleurs de Tété 2.

Mais l'hiver accourant d'un vol sombre et rapide

Nous sèche, nous flétrit...

La mort est désirable, et vaut mieux que la vie

. ; . . . . car, hélas! nul mortel

Ne vit exempt de maux sous la voûte du ciel 3.

Il est curieux de voir qu'André Chénier, pour les mêmes raisons que Ronsard, parce qu'il n'est attentif qu'à la forme, est d'une extrême banalité d'idées, ce qui revient à dire qu'il n'en a pas. C'est d'ailleurs ce qui manque à tout le xviii° siècle : chose bizarre, ces hommes ont renversé les anciennes croyances, remué toutes les littératures et toute l'histoire, depuis celle de la Chine et du Japon jusqu'à l'histoire contempo-

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