Voir p. ex. un Combat de Minerve contre Mars (nii) qui
arrive en Italie, ses premières admirations, nous Tavons vu, vont tout d'abord aux talents les plus fougueux et les plus éloignés du goût antique, les Caravage, les Piètre de Cortone et les Valentin. C'est Vien, paraît- il, qui lui aurait conseillé de dessiner d'après l'antique *. pour se former le goût et la main. Voilà à quoi se réduit l'influence de Vien sur David. Son travail obstiné et son entêtement vont faire le reste 2.
Il faut distinguer plusieurs époques dans l'histoire ^. des théories antiquisantes de David. D'abord il se borne à de discrètes inspirations du Poussin entremêlées de réminiscences pompéiennes. Le Bélisaire est comme le type de cette première manière. Puis l'influence du Poussin s'accuse davantage en même temps qu'un souci de restitutions archéologiques de plus en plus exactes : le Serment des Horaces est le chef-d'œuvre de cette seconde manière. Enfin il se lance résolument dans la spéculation esthétique. Il veut retrouver le € beau idéal > des Grecs, il subordonne l'archéologie et l'histoire à l'expression d'une théorie toute personnelle et il compose les Satines et le Léonidas aux Thermopyles.
Essayer de déterminer les théories de David est absolument impossible, par la raison que lui-même d'abord a souvent changé d'idées ; ensuite qu'il ne nous reste guère que des traces tout à fait insuffisantes de son enseignement oral dans les souvenirs de ses élèves. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est qu'il avait réuni une collection de dessins d'après l'antique formant cinq gros volumes in-folio où il allait chercher ses inspirations
accuse très fortement ^influence de Boucher; ses études académiques comme son Hector et son Patrocle, où la tendance réaliste est plus sensible. (Planches du Peintre Louis David.)
i. J.-L. Jules David, op. cit., p. 10.
2. Sur Foriginalité de David et son indépendance de Raphaël Mengs, cf. notre thèse latine.
3iO FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A L'aNTIQUE.
et sur lesquels il méditait sans cesse *. C'était là sa Bible et ses prophètes. Mais si nous ne savons pas très bien ce qu'il a voulu, nous avons son œuvre et nous pouvons essayer de voir ce qu'il a fait.
Tout d'abord David, comme presque tous ses con-
I temporains, est entièrement dénué d'invention. Nous avons vu que c'était le vice le plus grave du classicisme finissant. Le défaut est d'autant plus choquant dans les sujets antiques, que la matière était plus usée et qu'il aurait fallu pour la rajeunir une imagination toute
'fraîche. Le sens poétique des sujets, David ne Ta eu que par accident, et dans des circonstances particu-
i lières. En général, c'est le plus prosaïque, ou, si l'on
I aime mieux, le plus oratoire des peintres. Lui-même d'ailleurs se reconnaissait impuissant à comprendre la poésie des mythes, t Je n'aime ni sens le merveilleux, disait-il ; je ne puis marcher à Vaisc quavec le secours d'un
ifait réel '. » Nouvelle raison d'infériorité, David est
{platement utilitaire. Il professe comme tous les hommes du xviiio siècle que l'art a une mission sociale et que son premier objet est d'instruire et de moraliser 3. Comme ses idées et sa morale se réduisent aux lieux communs vulgaires du catéchisme révolutionnaire, on ne s'explique que trop tout ce qu'il a mis de froidement déclamatoire et de banal dans ses toiles
; antiquisantes. Ajoutons enfin que cette perpétuelle affectation d'austérité était bien le sentiment le plus hostile à l'art dont il pût s'inspirer.
Ainsi que chez les petits poètes de son temps et chez André Chénier lui-même, cette stérilité d'invention produit chez David l'incohérence de la composition,
1. Cf. Delécluze, op. oit,, p. III. J.-L. Jules David nous parle de douze volumes, cf. op. cit., p. 11.
2 Delécluze, op. cit., p. 338.