Op. cit., Ylll, p
tableau de David, Socrate buvant la ciguë, est un des derniers monuments de ce culte.
On revient aux moralistes de Tantiquité : Diderot écrit une Vie de Sénèque (1779), qui n'est qu'un^ longue apologie. Naigeon en publie une traduction, œuvre posthume de Lagrange (1778), à laquelle il joint des notes et des avertissements qui en font un véritable livre de propagande encyclopédique ^ Thomas lit on séance publique de l'Académie un éloge de Marc- Aurèle. Rousseau parle avec enthousiasme de Plutarque. Insensiblement la morale du siècle se coule dans la morale antique. Le mot vertu prend un sens nouveau et peut-être qu'on ne le remarque pas assez quand on raille les hommes du xviii® siècle de leurs prétentions vertueuses. La vertu n'est plus, suivant la formule chrétienne, la mortification, mais la perfection de la nature ^. La règle est plus ou moins étroite suivant qu'on se réclame de Sénèque ou de Marc-Aurèle. Les austères trouvaient des modèles dans les héros du stoïcisme et les voluptueux se sentaient de Tinclination pour cet indulgent directeur de conscience que fut Sénèque, cet habile homme qui sut jouir en somme de toutes les belles et bonnes choses de la vie, tout en faisant profession de la plus rigide sagesse ^ : t O
1. Les œuvres de Sénèque le philosophe traduites en français par feu M. de Lagrange, avec des notes de critique, d'histoire et de littérature, 6 vol. in-8. L'épigraphe était significative : «Nil non longa demolitur vetustaset movet ociiis;at iis quos consecravit sapientia noceri non potest. NuUa delebit œtas, nuUa deminuet; seguens ac deinde super ulterior aliquid ad venerationem conferet. »