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Sainte-Beuve, Notice historique sur M. de Fontanes

LA LITTÉRATURE DU DIRECTOIRE ET DE l'EMPIRE. 331

simple et brillant, dit Sainte-Beuve, qui avait l'instinct de ce genre d'élégance. — Les murs se décoraient d'un lambris en bois des îles,... une glace sans tain faisait porte au grand cabinet ; la fenêtre donnait sur les jardins, et la vue libre allait à l'horizon saisir les flèches élancées de l'abbaye de Saint-Denis. En face d'un canapé, seul meuble du gracieux réduit, se trouvait un buste de Vénus : elle était là, l'antique et jeune déesse, pour sourire au nonchalant lecteur, quand il posait son Horace au Donec gratus eram, quand il reprenait son Platon entr'ouvert à quelque page du Banquet^. » Et c'est le même Fontanes qui laissait échapper ce mot : t Je ne sais rien de plus agréable qu'un ballet bien indécent après un bon dîner ^ ». Une pointe de sensualité 3, — mais surtout quelque chose de correct (au sens scolaire du mot), de propre, de soigneusement épousseté, de nu, d'abstrait et de brillant, voilà l'impression que donne cette poésie de Fontanes, dont Joubert disait très finement que c'était € une pâte colorée appliquée sur du papier blanc * ». C'est le lettré de décadence, à la Pline le Jeune, adorant les commodités de la campagne beaucoup plus que la campagne elle-même, passant sa vie entre un Horace et un Virgile, très paresseux, et, à cause de cette paresse même, d'un goût de plus en plus étroit et dédaigneux, écrivant quand il le faut son Panégyrique .de Trajan, et rimant des vers par passe-temps, comme

i. Cf. Notice de Sainte-Beuve sur Fontanes, en tête de l'édition de ses œuvres Cette,, petite description du cabinet de Fontanes est très hah^ilement faite : les flèches de Saint-Denis rappellent sa pièce sur les Tombeaux de Saint-Denis, et le de[rnier détail, son ode sur un Buste de Vénus.

2. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, 11, p. 130 (note).

3. Voir en particulier l'ode Oii vas-tu, jeune beauté? I, p. 135.

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