Achille à Scyros, ch. i
LA Littérature du directoire Et dé l*empîre. 33-;
Fart puéril des versificateurs de collège, Luce de Lancival le possède. Et rien n'égale l'enaui qui se dégage de ces élucubrations : c'est je ne sais quoi de morne et de gris, traversé tout à^ coup par un grotesque d'autant plus irrésjstible qu'il est involontaire. La Mort (THeclor finit par donner la même impression : la fausseté, la platitude et surtout la décence continue du style se tournent à la longue en un grotesque formidable, comme celui que cherchait Flaubert dans Bouvard et Pécuchet 1.
La Grèce sauvée de Fontanes mérite plus d'égards. Et Cependant, s'il y a quelque nouveauté, elle n'est que dans le détail. Rien de plus classique pour l'inspiration.
11 est juste de se souvenir d'ailleurs que l'ouvrage nous est parvenu inachevé et que les fragments que nous en avons n'ont paru qu'après la mort de l'auteur. Mais toutes les circonstances atténuantes ne le ren* draient pas beaucoup meilleur. C'est toujours l'épopée suivant la formule consacrée — avec récit rétrospectif^ épisode amoureux, courses de chars et descente aux enfers. Où Fontanes est Vraiment neuf, c'est en général dans Ses descriptions dont la couleur, encore conven* tionnelle, est plus exacte que celle de ses devancierSi On seiit que l'abbé Barthélémy et peut-être André Chénier ont passé par là 2. Voici des vers que celui-ci n'aurait pas désavoués :
i. Pour faire sentir le grotesque du personnage, il suffit dé donner la liste de quelques-unes de ses œuvres : Ilormisda.^, tragédie en 3 actes, 1794. — Ode à S. Exe. M. N. J. Schiinmelpeîininck, grand pensionnaire de la République Batav(!, 1805. — Épitre à Clarisse sur les dangers de la coquetterie, suivie de VÊpitre à Vomhre de Caroline, 1802. — Ode sur le Rob antisyphilitique du citoyen B. Lafecteur, 1802. - De pace carmen, Parisiis, 1784. (Cf. Quérard.)
2. On sait que les manuscrits d'André Chénier furent communiqués à Fontanes et à Joubert. Cf. Becq de Fouquières, Poésies d^André Chénier, édit. de 1872, appendice, bibliographie de ses œuvres, LVI.
338 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'aNTIQUE.
On dit que Jasion tout couvert de poussière, Premier des laboureurs, avec toi fut heureux : La hauteur des épis vous déroba tous deux, Et Plutus, qui se plait dans les cités superbes. Naquit de vos amours sur un trône de gerbes *.
11 recherche la comparaison homérique; il a un sentiment déjà vif de la beauté des mythes religieux de Tancienne Grèce*. Surtout il y a chez lui une veine de lyrisme ^ qui ne se rencontre ni dans l'épopée antique, ni dans Tépopéc classique, et qui annonce la littérature nouvelle.
Mais ce qui manque le plus, comme chez Delille et tous ces derniers classiques, c'est l'unité de composition. On sent que l'œuvre de Fontanes eût été faite de i)i(Ves et de morceaux. A ce titre elle est extrêmement significative et c'est pourquoi nous y insistons. La maladie dont est atteinte toute cette littérature de décadence s'y trahit par les mêmes symptômes que chez tous les contemporains, aussi bien André Chénier que Delille. Kt c'est le vice du classicisme finissant : la manie du pastiche, du centon, et finalement la traduction. Virgile est mis à contribution pour la description des jeux, Virgile et Dante * pour la descente aux enfers; l'abbé Barthélémy suivi pas à pas pour la description des mysU'res d'Eleusis. On sent même des réminiscences des Martyrs : Elpinice semble annoncer une copie de Velléda. Mais par-dessus tout, ce qu'il doit à Chateaubriand, c'est la manie de grouper, de former une sorte de musée de tous les souvenirs