‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 223 sur 281 · En particulier l'Hymne de mort chanté par Mégistias · texte numérisé non relu

En particulier l'Hymne de mort chanté par Mégistias

4. L'épisode d'Héro et de Léandre est visiblement inspiré de celui de Lancelot et de Françoise de Rimini, sans parler de la description du supplice des sophistes, il est probable que Fontanes avait lu la traduction de VEnfer, de RivarcU

LA. LITTÉRATUftE DU DIRECTOIRE ET DE L*EMPlllE. 339

classiques. Celui-ci, dans les Martyrs j avait marié lés deux antiquités; Fontanes, dans sa Grèce sauvée, rapproche Eschyle et Homère, Hercule et Léonidas, Phidias et Agénor, les Gaulois * et les Spartiates. On se souvient que c'était déjà le procédé de Virgile; mais chez Virgile , il semble naturel, tandis que chez Fontanes et chez Chateaubriand lui-même, il est extrêmement artificiel. Il n'y a qu'une nuance qui sépare le pseudo-classique de son modèle, et cette nuance suffit; ils ne sont ni du même temps ni de la même famille.

Ce qu'il y a peut-être de plus curieux dans tous ces poèmes, c'est la bigarrure due à des emprunts multiples, n est difficile à première vue d'indiquer dans Racine les sources, et d'ailleurs les emprunts sont choisis de manière à se fondre sans trop de peine en une même couleur. Chez ces pseudo-classiques, les emprunts sont criards et disparates : c'est Virgile accouplé à Milton, Homère à Dante ou à Chateaubriand. Rien ne révèle mieux l'impuissance, et en même temps ce faux goût classique qu'attaquait Hugo, ce goût qui ne s'attache qu'à la forme et qui ne sent pas la disconvenance du fond, dont le triomphe enfin a été la périphrase à la Delille.

Peut-être faudrait-il rattacher à ces poèmes épiques ces poèmes assez étranges de Lemercier, qui s'intitulent Moïse j Homère f Alexandre^ VAtlantiade et même la Panhypocrisiade ^ ; mais l'originalité y est beaucoup plus grande, si le moule reste classique, et Ton y sent moins, surtout dans la forme, la velléité de s'inspirer de l'antique.

1. Épisode de l'arrivée des Phocéens sous la conduite de Protès.

2. Voir, à ce sujet, Essai sur la vie et les œuvres de NépomU' cène Lemercier, par G. Vauthier (thèse).

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Nous allons ifailleurs retrouver Lemercier dans la tragédie. Au théâtre les approches du romantisme se font sinp'ulièriMnent sentir et les sujets tirés de l'histoire nationale ou de l'histoire du moyen âge deviennent de plus en plus nombreux. Cependant la vieille forme traditionnelle se maintient, — tragédies romanesques ou tragédies officielles déguisées à Tantique, tragédies tirées de Thistoire romaine ou de l'histoire grecque, avec les allusions politiques obligatoires. A la première catégorie appartient le Cyrus, de J.-M. Ghénier (1805), composé pour le couronnement de l'Empereur*, VArtaxerce de Delrieu (1808), le Ninus II de Brifaut (181 '0; à la seconde, le Caius Gracchus du même Chénicr (1702), VEpicharis et Néron (1794), le Quintus Fabius ou la discipline romaine (1796), VEtéocle (1800) de Legouvé. Mais parmi toutes ces tragédies, il n'y en a guère que deux qui aient cherché sérieusement la couleur antique * et qui par conséquent doivent nous intéresser : c'est VAgamemnon de Lemercier (1797) et V Hector de Luce de Lancival (1809).

La première eut, paraît -il, un grand succès; les journaux en firent un très chaleureux éloge et quelque temps après la représentation elle fut couronnée solennellement au Champ de Mars^. Plus tard, quand le romantisme eut triomphé, elle passa pour < la dernière des belles tragédies dans le goût antique* >.

Lemercier avait voulu, sinon traduire Eschyle, du moins donner une tragédie eschylienne*. Il y amédio-

i. Cf. Mémoires de M"* de Rémusat, II, p. 56.

2. Nous nous bornons à rappeler VHippolyie de Dorât- Cubières-Palmezeaux (1803), qui avait eu la prétention d'imiter Euripide et de corriger Racine.

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