Acte IV, se. VII
VHector de Luce de Lancival est très inférieur. On reste confondu quand on songe que Villemain trouvait cette tragédie c véritablement homérique » : c'est la tragédie de collège dans toute sa nudité et son ennui. Pas le moindre sentiment des situations, aucune idée de la vérité vivante ni des mœurs homériques, rien que des tirades et de misérables lieux communs habillés d'un style neutre, qui n'a pour lui qu'une correction relative. Ce sont des scènes connues de Vlliade découpées, cousues bout à bout et rendues dans une langue blafarde et terne. Pas même chez ce professeur de rhétorique qui prétendait s'inspirer d'Homère, — pas même ce que Théophile Gau tier louait dans Une fêle de iVéro?i* d'Alexandre Soumet : le fond rouge antique où se détache en noir, comme dans les vases peints, la silhouette grêle et sèche des personnages.
Cependant la pièce réussit, grâce à un concours de circonstances qui nous échappe aujourd'hui; elle reposait des Ophis et des Isiile et Orovèse^ des Oscar et des Omasis ^. Sa platitude avait un faux air de simplicité. Comme aussi il n'y avait point de confidents ni d'épisode amoureux, il n'en fallait pas davantage pour faire crier à l'antique. D'ailleurs il y avait dans les tirades d'Hector une ardeur belliqueuse qui devait ptaire singulièrement à cette date de i809. C'était une sorte de Chant du départ à la grecque, et Napoléon déclara que c'était « une pièce de quartier général ï^. Pour marquer son contentement à l'auteur, il lui fit donner une pension de 6 ODO francs. Ajoutons enfin que, dans sa nudité, cette tragédie se mariait
i. Théophile Gautier, Histoire du romantisme^ p. 190.
2. Ophis (1799), Isule et Orovèse (1805) sont de Lemercier. Oscar est d'Arnault, Omasis ou Joseph en Egypte (1807) est de Baour-Lormian.