‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 237 sur 281 · Voir VExamen des Martyrs (Objections littéraires · texte numérisé non relu

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2. Nous voulons parler de morceaux comme VHymne à Diane (1" livre), dont Chateaubriand a véritablement abusé.

3. Cette critique lui fut adressée, dès la publication des Martyrs, par Benjamin Constant (MercM7'e du 31 mai 1817), cité par Sainte-Beuve, op. cit., II, p. 5.

4. Correspondance de Flaubert, 2* série, p. 23 (à propos de Salammbô) é

LA LITTÉRATURE DU DIRECTOIRE ET DE l'eMPIRE. 357

textes. Des notes de voyage, une masse énorme de fragments ajustés, voilà ce qu'il y a au fond des Martyrs. Mais l'imagination de Chateaubriand fait reluire et flamboyer tout cela : c'est un feu d'artifice tiré sur l'eau, -— le bouquet final de la littérature classique.

Ajoutons que non plus que Ghénier Chateaubriand n'a pu se soustraire à l'influence du milieu. Son antique porte très fortement la marque du style empire. Il l'a même élevé à la perfection. Ce souffle de Renaissance, cette espèce de joie païenne qui animait les pastiches de l'auteur de V Aveugle, tout cela est absent de l'œuvre de Chateaubriand. Ses descriptions antiques, comme sa mythologie, ont je ne sais quoi de raide, d'apprêté, de pompeux et de théâtral. Même le goût ossianesque y pénètre : Cymodocée y apparaît enveloppée de clair de lune comme l'Endymion de Girodet.

Et cependant, malgré tous ces défauts, malgré le vice fondamental de la composition, les Martyrs restent une œuvre aussi haute qu'elle est bizarre. Ce n'est pas précisément l'imagination qui éblouit. L'imagination de Chateaubriand est de second ordre. Elle n'est pas créatrice comme celle de Hugo : elle reflète, elle ajuste et elle amplifie. Mais c'est la mélodie des phrases qui captive, ou plutôt c'est l'âme même du poète. On l'entend chanter dans la musique des mots avec cette infinie tristesse qui s'exhale même parmi les glorieux paysages de la Messénie. Il en est de ces phrases comme des proses liturgiques dont le souvenir obsédait Renan : t Tu ne peux t'imaginer le charme que les magiciens barbares ont mis dans ces vers *... » Le grs^nd lyrique se retrouve à travers tout

i. Renan, Prière sur l'Acropole.

le fatras de son poème. Pourquoi faut-il qu'il ait été comme étouffé par une théorie et une discipline? Luimême s'en rendait bien compte plus tard dans ses Mémoires d* outre-tombe, lorsqu'il écrivait : « Mon poème se ressent des lieux qu'il a fréquentés : le classique y domine le romantique * ^.

Il faut en dire autant de l'époque tout entière, en Y dépit de toutes ses disparates. M"® de Staël elle-même,

si peu faite pour comprendre l'antique, donne pour cadre à un roman sentimental le paysage des ruines romaines et du golfe de Naples : sa Corinne apparaît traînée sur un char antique, dans le costume de la Sibylle du Dominiquin. Qu'on ajoute à cela le prestige exercé par Talma sur toute une autre partie de la littérature, ce semblant de vie dont il savait animer les tragédies mort-nées de son temps, ou cette flamme nouvelle qu'il faisait passer dans celles de l'ancien répertoire. Notons que son art est le même que celui de Chateaubriand; c'était déjà celui de Lekain : im accent profondément tragique, je ne sais quel lyrisme un peu déclamatoire de la voix et du geste, et avec cela de grandes attitudes, un costume strictement copié de l'antique, une véritable manie de couleur locale. N'est-ce pas lui qui définissait la tragédie : « un cours d'histoire vivante ^ ^? Il était lié avec des artistes et des antiquaires. Sa maison était un véritable musée : t La grande galerie... n'était remplie que de meubles dessinés d'après l'antique, de yatagans turcs, de flèches indiennes, de casques gaulois, de poignards grecs, le tout suspendu aux murs en trophées ^ ». Déjà en 1791 son costume dans le rôle

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