Adolphe Jullien, Histoire du costume au théâtre, p
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de Titus avait si vivement frappé le public que la mode s'en empara : les jeunes gens se coiffèrent à la Titus. Mais, comme nous l'avons déjà dit, c'était s'éloigner de plus en plus de l'esprit de l'art classique véritable : malgré la plastique des gestes et l'exactitude des costumes, la tragédie n'était plus qu'un corps sans âme *. Comme dans la littérature d'alors, le fond ne comptait plus, ou plutôt c'était le lyrisme romantique qui essayait de s'y substituer. Et ainsi Talma complète le groupe de David et de Chateaubriand, — sorte de trinité de l'art impérial : sous le masque antique, c'est déjà l'âme moderne qu'il exprime.
En somme, quand on essaie de se représenter à distance l'art de cette époque, les grandes figures qui émergent et qui durent s'imposer aussi à l'imagination des contemporains, ce sont celles de cette parade gréco-romaine qui, sous l'Empire, occupe tout le devant de la scène : c'est Corinne au cap Misène, — Cymodocée à la fenêtre de sa prison, chantant : c Légers vaisseaux de l'Ausonie ^, — - c'est le Léonidas auxThermopyles, le Romulus et le Tatius des Sahines et — dominant tout — le profil romain de l'Imperator revêtu de la dalmatique et le laurier au front, tel que David l'a peint dans le tableau du Couronnement.
i. Goethe, lors de Tentrevue d'Erfurt, en avait été très vivement frappé : « Si l'on analyse le talent de Talma, on y trouvera Fâme moderne tout entière : tous ses effets tendaient à exprimer ce qu'il y a de plus intime dans l'humanité.... Qu'on lise comment il travaillait à s'identifier avec un Tibère, et on reconnaîtra dans son âme cette recherche de la douleur et des émotions pénibles qui caractérise le romantisme. On vit ainsi disparaître peu à peu de la scène l'héroïsme vigoureux tel qu'il se montre dans les luttes républicaines que peint Corneille, dans les douleurs royales que peint Racine... » Entretiens avec Eckermann.
Opondant, quand on écarte cette représentation onir.ielle, on se trouve en présence du monde le plus mêlé et le plus bariolé : c'est le chaos de l'Empire lui-même. On peut dire (pie tout ce qui va devenir le romantisme est alors dans l'air; il n'y a pas une idée, pas une nuance de sentiment développée plus tard par l'école de Victor Hugo qui n'ait été connue ou dt^vinée de la génération antérieure.
Sourdement le xviii<* siècle continue son œuvre d'émancipation : il y a bien un arrêt du mouvement cosnïopolite * ; on étudie et on traduit moins sous l'Knïpire les onivres anglaises ou allemandes et en général les littératures étrangères. Mais il ne faut pas oublier que sous le Directoire c'avait été justement le contraire et que ce souvenir des œuvres vulgarisées ou traduites était toujours vivant. Même c'est en plein Empire que commence à paraître VHistoire littéraire de VUalie par Ginguené (18H), que M™« de Staël publie son Allemagne (1813), que le Cours de littérature dramatique de Guillaume de Schlegel est traduit (1804), que Creuzé de Lesser paraphrase en vers français le Romancero (1814).
En revanche la littérature nationale est beaucoup plus étudiée et on commence à la connaître dans le grand public. Pour ne rien dire des travaux de pure érudition, comme ceux de Raynouard sur la poésie des Troubadours *, tout le monde avait pu entendre à l'Athénée les leçons deM. J. Chénier sur les fabliaux et
1. Voir Texte : J.-J. Rousseau et les origines du cosmopolitisme, p. 407 et suiv.
2. Le Choix des poésies originales des troubadours de Raynouard commença à paraître en 4846.
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les romans de chevalerie de Louis VIT à François I•'^ On pouvait encore consulter les ouvrages de Legrand d'Aussy et de Lacurne de Sainte-Palaye. Mais il ne sembla pas que la littérature de l'Empire en ait beaucoup profité. On préfère continuer la tradition moyenâgeuse du xviije siècle, telle que M"* de Lussan l'avait inaugurée avec ses Anecdotes sur la cour de Philippe- Auguste (1748). Fontanes lui-même, le classique Fontanes, écrit le Vieux Château^ tout plein de ce pseudomoyen âge, qui va décidément triompher dans la poésie impériale :
Un troubadour paraît, ô transports enchanteurs!
On Tentoure; à sa harpe il suspend tous les cœurs.
Le silence attentif et l'écoute et Tadmire.
Tout bas à ses accents s'attendrit et soupire
La fille des barons, des nobles châtelains;
Le rapide fuseau s'arrête dans ses mains.
11 tombe; elle est charmée; un désir qu'elle ignore
S'ouvre, à l'aide du chant, son âme vierge encore.
Le troubadour ému l'entend plus d'une fois
Gémir, redemander d'une tremblante voix
Les noms de ces héros, fiers de leur doux servage.
Raoul et Gabriel, et l'amoureux breuvage
Dont Yseult et Tristan s'enivrèrent jadis;
L'inconstant Galaor, le fidèle Amadis
Millevoye donne, dans le même goût, toute une série de ballades et de romances dont Hugo certainement se souviendra plus tard :
Déjà le son de la guitare Se mêle au chant du ménestrel; Déjà le temple se prépare.
Les deux époux vont à l'autel.
Le page, que l'amour possède.
Disait à part : Je voudrais bien
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