Cf. Biré, op. cit., p
2. C'est ce royalisme qui semble avoir le plus frappé Stendhal dans la jeune école : « h'Edinbuvgh Review s'est complètement trompée en faisant de M. de Lamartine le poète du parti ulh^a. Ce parti si habilement dirigé par M. de Frayssinous cherche à adopter toutes les gloires. 11 a procuré à M. de Lamartine neuf éditions de ses poésies; mais le véritable poète du parti, c'est M. Hugo. » (Corresp. inédite de Stendhal, I, p. 221.) Hoffmann, dans un article des Débats, convenait qu'il n'existait de différence entre les genres classique et romantique que dans le style. Sur quoi Hugo répliquait ; « J'ai eu l'honneur de vous prouver que les locutions dans lesquelles vous découvrez tout le romantisme ont été au moins aussi fréquemment employées par les classiques anciens et modernes que par les écrivains contemporains. Or, comme dans ces locutions résidait spécialement votre distinction entre les deux genres, cette distinction tombe d'elle-même. » Cf. Biré, op. cit., p. 371.
iico-classiquc, plus classique que les Lemercier et les Baour-Lormiaiif leur était proposé pour modèle par un <k»s leurs et risquait de les dévoyer.
Heureusement, celte influence fut de courte durée et elle est loin d'avoir été aussi profonde qu'on le croit généralement.
D'abord il y eut une légende sur André Chénier, qui tout de suite le rendit cher à la jeunesse romantique el royaliste de 1819; c'est Chateaubriand qui la comnienra : on lisait en effet dans une note du Génie du Christianisme : « Les écrits de ce jeune homme, ses connaissances variées, son courage, sa noble proposition à M. de Malesherbes, ses malheurs et sa mort, tout sert à répandre le plus vif intérêt sur sa mémoire. Il est remarcjuablc que la France a perdu sur la fin du dernier siècle trois beaux talents à leur aurore : Malfilàtre, Gilbert et André Chénier; les deux premiers sont morts de misère; le troisième a péri sur l'échafaud * ». C'est le même Chateaubriand qui fit la forlune du mot fameux : t Et pourtant j'avais quelque chose là *! » — Plus tard, La Touche, dans son édition de 18 1 9, écrivait : t Ainsi périt ce jeune cygne étouffé par la main sanglante des révolutions, heureux de n'avoir élevé de culte qu'à la vérité, à la patrie, aux Muses : on dit qu'en marchant au supplice, il s'applaudissait de son sort. Il est si beau de mourir jeune ! Il est si beau d'offrir à ses ennemis une victime sans tache et de rendre au Dieu qui vous juge une vie encore
i . Cf. Génie du Christianisme j note sur la 2* partie, liv. IJI, chap. VI, à la fin du volume.