‹ La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié duChapitre 41 sur 281 · Mém, de VAcad, des Inscr., XXXII · texte numérisé non relu

Mém, de VAcad, des Inscr., XXXII

3. Cf. Dissen, Pindari Carmina (De ratione poetica carminum pindaricorum..., XLVII). — Corresp. litt,, IX, 463.

4. Voir dans les Mélanges littéraires de Suard une lettre anonyme adressée aux auteurs de la Gazette littéraire, à propos d'un jugement de Marmontel sur la 1"' Pvthique, IV, p. 272.

Il ne faut pas oublier non plus qu'alors la pastorale redevient à la mode; et ainsi la traduction des Idylles de Théocrite par Chabanon de Maugris (1775) en paraîtra plus significative; c'est d'ailleurs le moment où Gessner est le plus en vogue.

Mais, comme à Tâge précédent, le grand débat a porté sur Homère : ici, la victoire a été complète, et, à la un de la littérature classique, c'est Homère qui a triomphé. L'érudition sans doute n'en a pas eu tout le mérite, mais il faut reconnaître à son éloge qu'elle a fait tout ce qu'elle a pu pour y contribuer.

Dans cette première période de l'histoire de l'Académie, qu'on pourrait appeler son Age ingrat, il y aurait bien des dissertations à mentionner sur la question homérique. Gomme elles n'ajoutent rien à l'intelligence des mœurs ni du génie du poète, il ne vaut guère la peine de s'y arrêter. Pourtant elles attestent que l'érudition française n'a jamais déserté la cause d'Homère, même au plus fort de Tindifférence du public. Dans la seconde moitié du siècle, il y a un véritable retour d'enthousiasme : à l'Académie, Rochefort lit d'interminables mémoires sur « les mœurs des siècles héroïques », ou il y a plus de bonnes intentions que de réelle intelligence*. Pour joindre en quelque sorte l'exemple à la leçon, il donne une traduction en vers de Ylliade^. En 176i', au concours annuel pour le prix de poésie, l'Académie française entend la lecture de Priam au camp d'Achille, tragédie en un acte, de Cha-

1. 11 disait par exemple : « On vit Priam, dépouillant la majesté du trône, se rouler sur la poussière au milieu de ses courtisans et ne connaître plus ni réserve, ni décence dans Texcès d*un désespoir, qu^on condamne d'autant plus facilement que notre âme est moins capable de le sentir. » Mém. de VAcad. des Inscr., XXXVf, p. 430.

2. Il avait traduit le IX% le XVIIP et le XXII*' chant de VIliadet La traduction était précédée d\in Discours sur Homère,

62 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A L'aNTIQUE.

banon *. La même année, Bitaubé donne sa traduction, qui détrône définitivement ÏHomère de M™° Dacier. Si médiocre qu'elle soit encore, les contemporains y trouvaient une plus grande simplicité et comme un air de candeur, qu'ils expliquaient par les fonctions et le séjour en Allemagne de l'auteur, auparavant minisire du saint Évangile à Berlin. La traduction fut très lue : elle eut quatre éditions de son vivant et fut plusieurs fois réimprimée après sa mort. — Comme pour ne pas rester en arrière de l'Académie des Inscriptions, et suivre elle aussi le mouvement de l'opinion, l'Académie française, à deux années d'intervalle, en 1776 et en 1778, mettait au concours pour le prix de poésie la traduction d'un morceau d'Homère. Le premier concours surtout resta mémorable : non pas que les lauréats aient été bien brillants, mais parce que l'abbé Arnault, après la proclamation des prix, prononça un véritable dithyrambe, comme pour consoler Homère, nous dit Grimm, t de Toutrage de ses traducteurs > : « Jamais discours académique ne fut écouté avec plus d'attention, ne fut applaudi avec des transports plus vifs et plus universels. Assis sur le trépied, plein du dieu dont sa bouche célébrait les louanges, l'orateur semblait enchaîner toutes les âmes à la sienne* ». Si l'on se rappelle qu'en cette même séance du 25 août 1776, Voltaire faisait lire sa lettre sur Shakespeare, si l'on songe surtout que l'auditoire était en grande partie mondain, il faut avouer que ce fut une belle revanche du pur goût classique, mais surtout pour Homère une réparation solennelle des critiques de

1. A la même séance on entendit aussi un poème de Chabanon sur le Soi't de la poésie en ce siècle philosophe, que Tauteur publia dans la suite avec une Dissertation sur Homère Cf. Corresp, litt., VI, p. 72.

â. Corresp. lilt., XI, 317 et suiv.

Perrault. Bien plus que Voltaire, dont la lettre n'eut pas grand succès, il fut le vrai triomphateur de la journée *.

Pour ce qui est de la littérature dramatique, on ne voit pas que les hellénistes d'alors aient fait parvenir jusqu'au public des idées bien neuves ni même bien intéressantes : la traduction de Sophocle par Dupuy fut très froidement accueillie. Cependant on entreprit un remaniement du Théâtre des Grecs de Brumoy, qui parut de 1785 à 1789 * et dont la signification littéraire n'est pas indifférente, vu les tentatives d'imitation qui se produisaient alors si fréquemment sur la scène et surtout le voisinage des opéras de Gluck et de ses émules'^. — Enfin il faut peut-être voir comme une velléité de répondre à une des préoccupations de la critique littéraire dans le sujet que l'Académie des Inscriptions mit au concours en 1786 : c Quels furent l'origine, les progrès et les effets de la pantomime chez les anciens? >

L'influence des travaux archéologiques fut certaine-^ ment beaucoup plus profonde : Caylus, en première ligne, par son ardeur communicative, par ses publications, par l'originalité de son caractère et de ses allures, était de ceux qui devaient frapper vivement et préoccuper l'opinion. Son projet de ressusciter la peinture Il l'encaustique des anciens défraya les conversations de tout Paris, surtout lorsque Diderot fut intervenu

1. 11 faut noter aussi comme un indice de ce retour à la poésie homérique la traduction par Demeunier de VEssai sur le génie original (^Homère et ses écrits, par R. Wood (1775).

2. Théâtre des Grecs, édition augmentée (par Ant.-Cliarles Brottier pour la rédaction de l'ouvrage entier et la traduction d'Aristophane, — Fr.-J.-G. de la Porte du Theil pour Eschyle, — Guill. Rochefort pour Sophocle, — et Prévost pour Euripide), Paris, Gussac, 1785-1789, 13 vol. — De la Porte du Theil avait donné en 1770 une traduction des Coéphores.

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