Nouvelle Héloïse, 111, XXI
LA CRITIQUE ET L'ANTIQUITÉ. i09
Si l'on songe après cela à tout ce qu'il y a de nombre et de rythme dans la prose de Jean-Jacques, et avec cela, de réelle poésie, on ne s'étonnera pas déT voir passer ces thèmes dans la poésie contemporaine. Roucher et André Chénier en sont pleins ^ Mais ce sont surtout les orateurs de la période révolutionnaire qui vont exploiter cette veine. David, lui-même, si illettré, n'aura à la bouche que les noms de Brutus et de Léonidas^.
Nous ne pouvons omettre ici de parler d'un homme qui a exercé sur l'éloquence des révolutionnaires une influence peut-être plus grande que celle de Rousseau : c'est Thomas. Si nous nous arrêtons sur ce ridicule personnage, il n'y en a pas d'autre raison. C'est aussi qu'il était devenu aux yeux de ses contemporains une manière de grand homme. M.-J. Chénier le considère encore comme t un grand écrivain » ^ et Maury, dans son essai sur l'éloquence de la chaire, parle de la révolution « que le panégyriste de Descartes et de Marc-Aurèlea opérée dans l'art oratoire ».
Thomas fut d'abord professeur de sixième au collège de Beauvais. Il paraît que sa vocation pour le professorat était irrésistible et que sa santé seule l'obligea à résigner des fonctions *. On s'en aperçoit tout de suite. Qu'on ajoute à cela ses lectures habituelles et l'on s'expliquera le genre de littérature qu'il a inventé et mis à la mode : « Il lisait toujours le même livre — nous dit un de ses biographes, — c'était Cicéron, et ne manquait jamais de l'emporter à la campagne * ».