LES « POET.E MINORES
ilirions avor assurance que depuis Racine, on n'a pas lait de plus beaux vers ' ». Plus tard en 171)0, après une lecture de son épisode des Catacombes dans ïlmaginadon : « Si Ton no ccaiiirnait pas de s'être laissé éblouir par \r rliarine de la déclamation la plus séduisante, on oserail dire ({ue c'<'st le plus beau morceau de poésie qui existe dans notre langue -. » Delille lui-même se laisse entraîner et infatuer par la vogue extraordinaire de sa poésie : « A ces mots. le Génie me sourit, me jeta quelques feuilles de laurier détachées de la couronne de \irgile et de Milton... Je les saisis avec empressement et les rattachai avec respect aux couronnes à qui elles appartenaient '. » Malgré la modestie de la restriction, on voit que Delille se croit de la grande famille.
Plus encore que l'actualité, ce ({ui devait séduire et ce qu"on devait aimer dans Delille, c'est sa banalité distinguée. Il donnait l'illusion du grand art : c'était le moule, c'était le tour des maîtres. Il faisait songer à la correction sévère de VArt poétique et cela rassurait sur l'insignitiance du fond. Sa langue est certainement plus riche que celle des classiques : elle a dû éblouir les contemporains. Comme disait de lui ChènedoUé : « (.'/est le petit chien qui secoue des pierreries *. » Mais cette langue si abondante, on la sent exténuée et vide de substance. Les mots en sont morts. Elle est pleine d'à-peu-près et d'impropriétés. Quant à son style, c'est un amalgame de tous les styles connus. Sou éditeur <ie 1824. malgré son admiration, ne peut s'empêcher d'en convenir. « Il a tour à tour la touche ferme et sévère de Boileau, l'harmonieuse élégance de Racine.