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Les Jardins, 1, p. ii

LKS « POETK MINORES ». ^93

coiiiiii lai'l. Le vers i)oiir lui iiesl (|U(» lo fhivier l)aiial où le virliiose-protliii^o exécute les morceaux de (lilliculté et les airs à la mode, avec une perfection inlinie de doigté, mais en restant incapable d'inventer une mélodie. Les nmls ne lui sont qu'une mafit're inerte que sa mémoire ordonne M-anquillement suivaid des formules connues el sans ([ue son imai?ination en soit le moins du monde ti'ouhlée. Il ne connaît même pas. en les maniant, cette volupté que Théophile Gautier comparait à celle du joaillier contemplant dans sa main les eaux changeantes des pierres.

Si nous iTsumons tous ces traits, si nous nous rappelons avec quelle perfection il a représenté le type de l'auteur à succès, ménageant, cultivant son public, lui servant à point nommé la marchandise qu'il demande; si nous nous rappelons le vide de ses idées, la banalité de son style, la platitude de sa versification toute mécanique. — et enfin si nous songeons à ses emphatiques funérailles, nous verrons en l'abbé Delille une véritable caricature du poète et dans ses vers, une dérision de la poésie.

Pourtant une fortune littéraire aussi considérable ne pouvait être absolument une erreur des contemporains. 11 a fallu quelque chose qui entretint et qui justifiât en somme rillusion. Ce petit abbé a eu vraiment le civlte des maîtres. Comme Saint-Landjert , les modèles qui le hantent, ce sont les plus grands noms de la littérature latine, c'est Lucrèce et A'irgile : Virgile surfouL dont il paraît coustammeid préoccupé et comme obsédé.

\'iigile regrette de n'avoir pu chanter les Jardins. I)«'lille va comi)Oser les siens. « Nous n'avions point, dit-il. de Géorgiqitea françaises. Celles de Virgile, si parfaites dans l'exécution, semblaient incomplètes dans leur plan. 11 ne nous avait point présenté l'homme des

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champs jouissant de tous les plaisirs que peut offrir la caini)agne, étudiant tous les aspects variés des saisons, observant la nature pour en mieux jouir.... j'ai tàclié de remplir ce vide '. » Et il écrit V Homme des champs, avec l'amljition de compléter Virgile. 11 s'avise qu'un Lucrèce manque ii la science moderne, et il se met au courant des plus récentes découvertes, il consulte les hommes spéciaux -, pour composer les Trois règnes.

Si maintenant nous passons au détail des (euvres, nous verrons que les imitations et les traductions déguisées sont innonihi-ables. Delille lui-même les avoue et s'en honore :

0 Virr/ile, ô mon mailre...

J'essayai d'imiter tes tableaux ravissants : Que ne piiis-je les rendre ainsi que je les sens! Mais ils ont animé mes premièrps estinisses El s'ils n'ont fait ma frloire, ils nnl fail mes délires ^.

On retrouve le « manilnis date lilia plenis », le « ah! tibi ne teneras glacies seeet aspera plantas! » Ce Lucrèce, qu'il attaque dans sa Préface des Trois règnes. il lui prend l'épisode de la vache ù la recherche de son petit (Sjepe anfe deum). A Ovide même, il emprunte la description de la lui le d'Hercule et du Fleuve Acheloi'is, dans les Mrtaniorplioscs. Mais c'est surtout pour ^'irgile que son admiration éclate. 11 place son Ijusie dans ses chers jardins. Il lait vd'u d'aller en pèlerinage sur son tombeau et trouve, pour le dire, des accents inaccoutumés :

J'irai, de l'Apennin Ji' franchirai les cimes.

J'irai, plein de son nom. plein de ses vers sacrés i-...

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