Ré fierions sur le qénie de l'Ode
2. Sur toutes ces questions, cf. Croiset, La poésie de Pindare el les lois du lyrisme yrer, en particulier liv. IF. chap. i. p. 293 et suiv.
214 l'IN l»l CLASSIOISMK KT HF'rroUli A L A.NTIuHE.
nul (Mubarras, en se rallianl toul sinii)lcnient à la théorie du « beau désordre » des classiques du XVII'' siècle. De là vieiil (|ii(\ clicz lui. iiiali^iv loul ce qu'il a d'étudié el de voulu, la composition est ahseide et que ses vers ne sont qu'un prétentieux et lahfu'ieux chaos. Quoi qu'il fasse, il ne peut pas s<' délian'asseide Vidce oratoire ou de Vidée lo(jiiiue, pour alteintire à Vidée lyrique. Il faut croire d'ailleurs qu'il y avait là un obstacli^ inhérent non seulcnienl à la naluic du talent de Lebrun, mais au génie de notre race. Dans Je Serment du Jeu de Paume, comme dans les Odea de Victor Hugo, c'est toujours la raison oratoire qui domine. On peut résoudre tontes ces compositions en paragraphes logiquement enchaînés. C'est seulement hier que, chez nous, les symbolistes se sont avisés d'une poésie aussi musicale que logique, où les images s'associent en vertu dalïinités sentimentales. comme les sons dans la musique.
Ainsi donc ce qui fait l'Ame du lyrisme de Pindare échappe à Lebrun, comme à tous ses contemporains. Pour le reste, c'est-à-dire pour le détail du style, il s'est efforcé consciencieusement de l'imiter.
Pourtant il faut reconnaître qu'il a tenté, sous linfluence de Pindare, d ôter à l'ode moderne son caractère strictement littéraire. Il veut que le poète se mêle aux foules, que ses vers soient l'accompagnement des fêtes publiques ou le commentaire poétique des grands événements de la vie nationale. On |»eut dire que ifa été plus qu'une tendance chez Lelnun. (pie c'a été véritablemeni sa grande ambition et le rêve de toute sa vie. Rien ne le })rouve mieu.x (pie les titres d'un grand nonduc de ses pièces, depuis son ode sur le Désastre de Lisbonne ou sur la l'aix de /76'i juscju'à son Ode nationale contre V Anijleterre. Mais le moyen de créer une poésie vraiment populaire, de pénétrer jusiju'aux
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masses et i\o les émonvoir, quand, avec cela, on a sur le lyrisme des idées aussi spéciales el des procédés dart aussi savants, poui- no pa^ diic aussi pédantes- (pies fpie Leltrun ?
On yttU toiil de snile cpié cCst daliord le style qui le piédccupe. Il a d(^s débuis retentissants ou des chutes d'ode éclatantes :
J'ai vu Mars! je lai vu des soinmcls de Hliodope l'récipiler son char et ses coursiers foujrueux '.
Vous eussiez vu la (iloire, en ces nionienls funestes. De son voile de pourpre entourant ce héros, Le porter tout snin/lant sur les voûtes célestes, l.nin .(les yeux <r.\lropos -.
Le travail de Lebrun sur le style a été extrêmement curieux. Évidemment les résultats sont en général pitoyables.; mais c"est le procédé qui est intéressant à étudier, parce quil est commun à un grand nomltre des comtempoi'ains de Lebrun là Roucheren particuliei'i et qu'il est un des caractères les plus signilicatifs du classicisme décadent.
Tous ces petits poètes avaient été vivement frappés, en lisant les maîtres, de ces rencontres d'expressions, inimitables pour les médiocres et qui sont en quelque sorte la marque même du génie. On lavait remarqué depuis longtenqis chez Racine. Rivarol en lit comme la découvei'te en traduisant Daide. En réalité le compliment que lui adressa Butïon. lorsqu'il déclara que sa traduction était « une création perpétuelle' » revenait de droit à l'original. Mais Hivarol ne le laissa pas